La Mine Perdue de Phandelver – Episode 2 Partie 1

La piste pleine d’ornières sur laquelle les aventuriers avançaient depuis des heures leur paraissait interminable. Mais après avoir quitté le  flanc d’une colline boisée, ils purent enfin apercevoir les abords de Phandalin. Au premier coup d’oeil, la cité n’avait pas encore pu recouvrer son ancienne superbe. Quarante ou cinquante bâtiments à peine pouvaient être discernés, tous étaient en bois même si certains avaient été édifiés sur des fondations en pierre de taille plus anciennes. Ici et là, quelques murailles s’érigeaient encore fièrement : couvertes de mousse et de boue, elles entouraient les habitations plus récentes et les commerces qui étaient revenus progressivement. La plupart de ces constructions se trouvaient dispersées autour de la vielle piste, laquelle s’arrêtait quelques dizaines de mètres plus loin. A partir de là, une sorte d’avenue centrale serpentait au milieu des bâtiments en suivant les pentes naturelles du relief pour se diriger vers un manoir en ruine surplombant l’agglomération à l’Est.

Alors qu’ils poussaient lentement leurs montures, les aventuriers furent accueillis par les regards curieux des enfants qui, insouciants, jouaient dans la grande prairie centrale. De nombreux chalands vaquaient alors à leurs occupations, passant d’un magasin à l’autre.
A cette vue, Sildar fut visiblement soulagé : « Chers amis, réservons nos chambres. On m’a rapporté que l’auberge de Phandalin est assez pittoresque et j’ai hâte de le vérifier par moi-même ». Le vieux guerrier n’eut pas besoin d’insister. Après tant d’heures passées à errer, l’humidité de la forêt semblait être pénétrée sous les armures et les vêtements : la perspective d’une chambre avec un peu de chaleur fut immédiatement accueillie avec joie par ses compagnons d’aventure.

L’auberge se trouvait au centre de la ville : un bâtiment de construction récente en pierre et bois. Après avoir été dessellés, les chevaux des aventuriers ne se firent pas prier pour aller se reposer dans les étables à proximité. Jervan veilla à ce qu’ils soient bien installés : ils avaient amplement mérité de l’eau et de l’avoine bien fraîche. Très rapidement tout le monde fut prêt à franchir le seuil imposant de l’auberge pour se rendre dans la salle commune. Cette pièce était littéralement bondée de clients qui sirotaient une bière ou un cidre tout en continuant leurs conversations. A l’entrée des aventuriers, le silence envahit la pièce pendant quelques secondes, remplacé bientôt par le bruit assourdissant des conversations.

Roberto hésita : il risquait de rencontrer parmi les visiteurs des fermiers qu’il avait dépouillés lors de son association éphémère avec les Marquerouges. Dans le même temps, il n’entendait pas adopter un profil bas.
« Bon sang, ils m’ont trahi et ont essayé de me tuer : ce n’est pas à moi de me cacher ! » pensa-t-il en se mordant la lèvre supérieure. Il se résolut à afficher un air assuré alors qu’il se dirigeait vers le comptoir.
« Mes compagnons de voyage et moi-même cherchons des chambres pour cette nuit » dit-il en s’adressant à un homme dans sa première quarantaine qu’il savait être le propriétaire des lieux. Toblen Coldepierre lui répondit immédiatement, l’invitant d’un geste de la main à s’installer dans un coin de la salle commune où des fauteuils confortables avaient été placés à la disposition des visiteurs. L’odeur du houblon se mêlait aux vapeurs de tabac des nombreuses pipes allumées dans la pièce. Dans cette atmosphère brumeuse, la transpiration des visiteurs était à peine perceptible. Le moment était venu d’aller à leur rencontre pour glaner quelques informations utiles sur la ville et ses environs. Il s’avança quelques mètres accompagné de Roland, avant de croiser le regard d’Elsa, une serveuse. Non sans une certaine concupiscence, la jeune fille apprécia silencieusement la musculature féline de Roland. « Des aventuriers ? Eh bien, Daran Edermath, le propriétaire du grand verger était autrefois lui aussi un aventurier. Vous devriez peut-être aller le voir », lança-t-elle avant de disparaître en cuisine, les bras chargés de chopes de bière vides. Roland jeta un autre regard dans la salle avant de décider de s’installer à côté d’un vieux fermier, près du foyer qui crépitait.

wallpaper_Race_ HalflingNarth était un vieil homme aux mains calleuses et à la peau brunie par le soleil. Sans lâcher une seconde son verre, le fermier s’enquit de leurs affaires et les écouta attentivement. Visiblement soulagé de découvrir que le sort de Phandalin intéressait même des étrangers, il ne put s’empêcher de partager avec eux un événement récent qui avait suscité sa curiosité. “Soeur Garaël, qui prend soin du lieu consacré à la Chance, a quitté récemment la ville pendant quelques jours. Quand elle est revenue elle était épuisée et blessée. Je ne sais ce qui l’avait réduite dans cet état mais je serais bien curieux de le découvrir”.

Rassuré en constatant que personne ne semblait avoir fait le lien entre les Marquerouges et lui, Roberto osa interroger Trilena, l’épouse de Toblen pour connaître les derniers méfaits des ses anciens associés. Trilena était une belle femme : le doré de ses tresses avait un peu perdu de son éclat, mais son visage de femme enfant, ses mains blanches et sa taille fine berçaient toujours les rêves de nombreux visiteurs passés par l’auberge. A leur nom, l’aubergiste ne put réprimer une larme : “Thel Dendrar, un charpentier d’ici, avait tenté de résister aux Marquerouges lorsqu’ils sont venus rendre l’une de ces visites amicales pour lesquelles ils sont bien connus. Ils avaient osé s’en prendre à son épouse : visiblement elle leur plaisait. Les Marquerouges l’ont tué, sous les yeux de sa femme et de plusieurs villageois. Ces brigands ont fait disparaître la dépouille du pauvre homme. Depuis quelques jours, personne n’a revu son épouse. Même leurs enfants semblent s’être volatilisés”. A cette nouvelle Roberto serra les poings jusqu’au point de se faire saigner mais parvint à demander calmement à Toblen d’avertir Daran Edermath que des aventuriers souhaitaient lui parler. Avec Roland, il se laissa choir dans un fauteuil.

A deux rues de là, Jervan et Kossef poussaient lentement leur convoi vers le comptoir d’Elmar Barthen. Gundren leur avait indiqué que leur récompense les attendrait là-bas. Il s’agissait à l’évidence du commerce le plus important de Phandalin. Tout ce dont pouvait rêver un mineur, un fermier ou même, plus simplement, un aventurier de passage pouvait être acheté chez Elmar. Le maître des lieux était un homme de très grande taille, qui paraissait avoir été découpé dans l’un des grands arbres de l’Epine dorsale du Monde. Ses cheveux roux étaient soigneusement peignés et sa barbe, taillée à la perfection, sentait les huiles aromatiques que l’on trouvait sur les étales de Calimport. Il s’agissait là de la seule fantaisie qu’il s’accordait, car Elmar gérait avec une main de fer son son magasin.
Les deux compagnons se dirigèrent naturellement vers lui : “Nous avons la livraison qui vous avait été promise par Gundren Chercheroche”.
Tout en adressant des ordres rapides à ses deux assistants, Elmar s’enquit “Pourquoi Gundren n’est pas avec vous ? J’aurais bien aimé serrer dans mes bras mon vieil ami”.
Il devait nous précéder ici à Phandalin, mais il n’est jamais arrivé. Nous avons pu retrouver sa monture, morte, sur la route. Visiblement, sa venue était attendue par quelqu’un qui s’est donné beaucoup de mal pour le délester de la carte qu’il conservait sur lui”.
Ce devait être la carte montrant l’entrée de la mine perdue de Phandelver” observa Elmar. “Il m’avait appris qu’il venait de redécouvrir cette entrée. Nous avions déjà commencé à rêver de la future gloire de Phandalin… Il faut que vous le retrouviez”.
Nous n’avons pas l’intention de baisser les bras. Mais nous devons nous préparer. Pour le moment nous ne savons pas qui tisse la toile de cette histoire” assura Kossef.
Jervan caressa sa longue barbe tressée : “Mais je crains que nos péripéties aient tout juste commencé”.
Un bon point de départ serait peut-être de retrouver les deux frères de Gundren. Ils campent dans les montagnes, au Nord, à proximité du lieu où doit se trouver l’entrée de la mine” suggéra Elmar en tendant à Jervan et Kossef un sac.
Après vérifié le montant de leur récompense, les deux compagnons saluèrent Elmar.

Quarion s’approcha du temple dédié à Tymora, déesse de la Chance. Le temple ne ressemblait nullement aux lieux de culte fastueux d’Eauprofonde ou encore de Baldur. Une paix palpable émanait de ce jardin aménagé avec goût où les allées de fleurs s’alternaient avec des espaces propices à la méditation ou au recueillement. Une jeune elfe à la chevelure d’argent s’affairait au milieu des visiteurs. Quelques uns entendaient simplement venir prier, d’autres voyaient dans les dons de guérisseuse de la jeune prêtresse leur dernier espoir. Malgré son teint pâle qui révélait une indéniable fatigue, la jeune fille avait un mot réconfortant pour chacun d’entre eux. Lorsque ce n’était pas sa magie, c’était sa voix qui infusait l’espoir dans les coeurs rugueux et malmenés de ceux qui avaient sollicité son secours. Son regard était rempli de miséricorde, notamment pour les plus démunis qui ne pouvaient verser immédiatement d’offrande à son culte.
Le jeune mage sourit. Il n’avait jamais rencontré auparavant Soeur Garaël mais il la connaissait depuis toujours. Il éprouvait la même ferveur, la même volonté de glorifier à son dieu et de rendre le monde un endroit meilleur. D’ailleurs, s’il s’était engagé dans la difficile maîtrise des arts magiques, il continuait de se demander parfois s’il n’aurait pas dû embrasser la vocation de prêtre pour mieux servir son dieu. Habité par ces pensées, l’elfe s’approcha de Garaël sans faire bruit, ne résistant pas à la tentation de l’observer encore quelques instants.
Bonjour Soeur Garaël, je suis ici à la demande d’Oghma. Puis-je vous être utile en une quelconque manière ?
Garaël resta figée et dévisagea Quarion. Lentement, sa stupeur se dissipa.
Je vous sais gré, mon frère, de cette visite. J’était informée de votre venue mais je ne m’attendais pas à rencontrer un magicien… Mes songes m’avaient indiqué que vous étiez exceptionnel à plus d’un titre… Je découvre en partie pourquoi”.
Veuillez excuser le trouble que j’ai pu vous causer”. Quarion regarda autour de lui en inspirant profondément, légèrement gêné par la remarque de la jeune prêtresse. “Vous paraissez bien occupée, peut-être devrais-je revenir à un moment plus approprié ? Je vais prendre congé…”.
Garaël ne le laissa pas terminer : prenant les mains du jeune elfe dans les siennes, elle le retint doucement “Non. Restez. Vous arrivez au bon moment. Cela était déjà écrit« . Quarion se tut. Garael le guida alors vers un endroit plus tranquille.
Les deux elfes restèrent ainsi, silencieux, pendant quelques minutes. Ce fut Garael qui osa reprendre la première le cours de la conversation : “Vous m’avez demandé si vous pouviez me venir en aide. En fait, vous le pourriez”.
Elle reprit : “Il y a quelques semaines, mes supérieurs m’ont confié une mission… une mission assez délicate… Notre église cherche à localiser un livre de sorts, le livre d’un magicien autrefois connu sous le nom d’Arcgentil. Nous avons appris qu’une banshee, Agathe, détiendrait des informations concernant sa localisation. Mais je me suis rendue dans son repaire sans succès. Malgré tous mes efforts – et de nombreuses écorchures ! – je n’ai pas réussi à l’évoquer pour m’entretenir avec elle”.
Quarion plissa les yeux. Il savait que s’attaquer à une banshee réclamait un certain courage. Du courage, la jeune prêtresse en avait décidément à revendre.
Je pense que j’aurais dû apporter avec moi un présent, quelque chose qui témoigne de mon estime pour Agathe”. Elle sortit d’un écrin un magnifique peigne en argent. Orné de runes, le peigne était recouvert de pierres précieuses. Une telle offrande flatterait sans doute la vanité de la banshee.
Quarion saisit l’écrin et son contenu et rassura Garael : “Je ferai le nécessaire” susurra-t-il. Il n’ajouta rien. Après avoir écoute brièvement les remerciements de la prêtresse, il se dirigea vers l’auberge où l’attendaient ses compagnons. Son coeur était troublé et le sang battait fort contre ses tempes.

Dans l’auberge, Roland s’assit à côté du foyer, près d’une jeune femme qui retournait nerveusement des chutes de tissus bariolé. La tisseuse se prénommait Freda. Il ne résista pas à la tentation de l’interroger concernant les Marquerouges car tout semblait tourner autour d’eux à Phandalin. Freda était visiblement gênée par les questions du jeune guerrier mais osa remarquer : “C’est quand même étrange, les Marquerouges n’épargnent personne dans cette ville sauf le Comptoir d’échange des Mineurs. C’est évident, ils ne veulent pas avoir à faire avec Halia Thornton”.
Roland ne répondit pas immédiatement mais enregistra l’information dans un coin de son esprit.
« Vous savez, les Marquerouges n’hésitent pas à parader en ville de temps en temps… quand ils ne se retrouvent pas à la Taverne du Géant endormi, à l’Est de ville, pour des journées entières de beuverie. Ils molestent alors toutes les femmes qu’ils trouvent sur leur passage ».
Roberto échangea un sourire entendu : il savait à présent où il devait se rendre. Le jeune roublard laissa le guerrier siroter sa chope et sortit de l’auberge pour se diriger calmement vers le comptoir tenu par Halia.

Edifié en bois, le Comptoir d’échange n’en était pas moins un bâtiment remarquable : d’une hauteur de plus de trois niveaux, il se détachait nettement des autres bâtiments de Phandalin. Ces derniers dépassaient rarement les deux étages.
A l’intérieur des poutres en chêne massif dessinaient une grande voûte de plus de vingt mètres de largeur. De nombreuses ouvertures laissaient filtrer une lumière diffuse au-dessous d’une dizaine d’employés habillés élégamment. Les salarié de Halia actionnaient rapidement divers instruments de mesure car tous les mineurs acheminaient ici le minerai récemment extrait des filons découverts dans les environs de Phandalin. Le précieux métal était alors pesé et échangé contre de la monnaie sonnante et trébuchante : des pièces de Padhiver, d’Eauprofonde, de Baldur mais parfois même de royaumes dont ils n’avaient entendus parler que dans les histoires d’aventuriers de passage depuis le Sud de la Côté des Epées et plus loin encore.
Phandalin n’avait pas encore connu de véritable ruée vers l’or mais la richesse affluait indéniablement dans la ville et l’ambitieuse Halia Thornton était bien décidée à en profiter. Habillée de pourpre, elle était assise à un bureau installé sur une sorte de prédelle surplombant la salle des mesures. De son poste d’observation, la jeune femme contrôlait régulièrement le travail de ses collaborateurs. Aucun n’aurait osé la défier en la volant, mais elle savait que sa présence était essentielle aux affaires. Bientôt le Comptoir serait bien plus qu’un lieu de commerce pour Phandalin : au fur et à mesure que la ville se développerait, être au centre de son économie signifierait être au centre de tout, tout simplement.

Intimidé par l’atmosphère des lieux, Roberto inspira profondément avant de s’avancer vers le centre de la salle. Il gravit les quelques marches qui le séparaient de la plateforme où était perché le bureau de Halia. A quelques mètres de la jeune femme d’affaires, l’un de ses employés préposé à la garde posa d’un geste distrait sa main sur l’épée courte qu’il portait à la taille. Il interrogea d’un air faussement distrait le regard de Halia qui lui fit signe, pourtant, de ne pas bouger.
Vous vouliez me causer ?”. Le fard violet qu’elle avait appliqué sur ses joues soulignait la lueur curieuse de ses yeux, des yeux verts et félins.
Roberto acquiesça de la tête. “Je m’intéresse aux Marquerouges. Ici tout le monde est effrayé dès que je prononce ne serait-ce que leur nom. Pourtant tout le monde s’accorde sur une chose : une seule personne, une femme, ne les craint pas, vous”.
Halia fut un peu déstabilisée par la franchise du petit homme. “Il semblerait que nous soyons deux, alors”. Tout en le dévisageant, elle se mordit la lèvre. Si elle ne s’attendait pas à autant de cran de la part d’un halfelin, elle était déterminée à demeurer imperturbable.
Il ne vous aura pas échappé que je suis une femme d’affaires” dit-elle en montrant d’un geste las de la main l’activité incessante qui régnait dans la grande salle du comptoir. “Les Marquerouges nuisent aux affaires, les miennes comme celle des autres honnêtes commerçants que je compte dans mes relations. Nous n’aimons pas cela. Mais malheureusement personne n’ose s’opposer à eux. Même Daran Edermath préfère prodiguer des soins à son verger que prendre son épée pour guider une expédition vers leur manoir. Aussi, j’attends, j’attends quelqu’un qui ait le courage et l’intelligence nécessaires… et peut-être de bonnes raisons pour lever son bras contre eux”.
Roberto avait bien compris que Halia voulait le conduire à se découvrir mais il n’en fit rien.
Et si de tels aventuriers étaient désormais arrivés en ville ?
Je serais la première à m’en féliciter. J’irais jusqu’à leur promettre une récompense”. Elle approcha son visage de celui du petit homme. Sa voix était inaudible pour quiconque sauf lui. “Rapportez-moi la tête du chef des Marquerouges, celui qui se fait appeler Crossedeverre et je ferai votre fortune, petit homme”. Le temps d’un instant, son regard se changea en celui d’un prédateur.
Il se trouve que j’ai aussi un compte à régler avec lui. Nous sommes alors entendus. Je reviendrai vite” acheva-t-il sans pouvoir s’empêcher de remarquer dans le décolleté de Halia le pendentif qu’elle portait. Un dragon poursuivant un globe. Décidément, Halia Thornton était bien plus qu’une simple marchande. Il aurait bientôt la possibilité de tirer cela au clair, pensa-t-il avait de rebrousser chemin pour revenir à l’auberge.

Dans l’auberge, Roland continuait de boire à petites gorgées sa boisson tout en regardant distraitement les visiteurs entrer et sortir de la salle commune. D’un coup, il remarqua l’homme à la musculature puissante qui se tenait devant lui. Il était accompagné d’un homme plus jeune, dont les yeux étaient en partie couverts par une mèche de cheveux noir et rebelles.
Il semblerait que vos amis et vous ayez demandé à me rencontrer. Je suis Daran Edermath” dit-il avant de s’asseoir à sa table sans lui avoir laissé le temps de répondre. Son compagnon s’assit rapidement à ses côtés.
« En effet, je suis Roland de la Brède » répondit le jeune homme en se ressaisissant rapidement. « Nous avions été engagés par Gundren Chercheroche pour l’escorter jusqu’à Phandalin : il avait du matériel et des provisions à livrer. Mais les choses ont mal tourné : il a été kidnappé alors qu’il nous précédait. Et ici à Phandalin, malgré les apparences, la situation ne paraît pas vraiment meilleure : les brigands qui se font appeler les Marquerouges paraissent avoir la main-mise sur les affaires de la ville. Or, je me demande s’il n’y aurait pas un lien entre la disparition de Gundren et les exactions des Marquerouges ».
Daran marqua un long silence. “Je suis courroucé par ce que vous venez de m’apprendre. A Phandalin, tout le monde aime bien Gundren et ses frères. Dans le même temps, tout comme vous, je ne serais pas surpris si les Marquerouges avaient joué un rôle dans cette sombre histoire. Au début, tout le monde les prenait pour de simples bons à rien, coupables de quelques bravades. Du moins, c’est comme cela que les décrivait Harbin… Harbin Wester, vous savez, notre bourgmestre. Personnellement, je n’ai jamais partagé la position de Harbin. Les Marquerouges sont bien organisés et peuvent être redoutables : à l’évidence leur chef, Crossedeverre, a des idées très précises derrière la tête et son installation dans l’ancien manoir de Tresendar à l’Est de la ville n’est pas le fruit du hasard”.
Pourquoi n’avez-vous pas réagi ? Tout le monde vous décrit comme vaillant !” lança Roland.
Je suis peut-être vaillant mais pas téméraire. Vous devez comprendre que Phandalin renaît petit à petit : personne à part moi n’a d’expérience de la guerre. C’est vrai, j’aurais pu guider une expédition punitive avec d’autres villageois. Mais quelles auraient été les chances de tels combattants armés de fourches, de piques et de vieilles épées rouillées ? Combien auraient péri dans une confrontation avec les Marquerouges ? N’oubliez pas que Crossedeverre est un magicien… nous n’étions pas de taille, tout simplement”.
Roland l’écouta renfrogné.
Je crois aussi que les Marquerouges sont un problème qui mérite d’être réglé, et vite. Dans le même temps, je ne peux pas oublier que  notre communauté est confrontée à d’autres motifs de préoccupation bien plus actuels”.
Ce dernier propos suscita la curiosité de Roland.
Je vous présente Dorin Dankil. C’est un jeune homme qui vous ressemble à de nombreux égards. Comme vous, il a envie de bien faire. Mais, comme vous, il doit apprendre s’il veut espérer de survivre à une confrontation à des adversaires comme les Marquerouges. Vous pourriez l’accompagner au Nord de Phandalin, dans une localité que les trappeurs du coin appellent le Puits du vieux hibou. Il semblerait que des choses étranges se passent là-bas. Cela mérite d’y jeter un coup d’oeil”.
Entendu : j’en parlerai à mes amis”.
Très bien. Vous savez, d’autres personnes pensent comme vous que nous devons veiller sans relâche et monter la garde contre les forces obscures. A l’heure même où je vous parle, ces forces sont à l’oeuvre : à Phandalin mais aussi dans tout Faerûn. A votre retour nous pourrons reprendre cette conversation et je vous parlerai de l’un de ces groupes : l’ordre du Gantelet”.
A présent, le vieil aventurier avait toute l’attention de Roland. Mais il se leva vite, comme s’il n’en avait trop dit.
Nous nous verrons à votre retour” conclut-il avant de prendre congé rapidement.
Sur le pas de la porte, Daran croisa Quarion et Roberto qui revenaient de leurs visites respectives.
Qui était-ce ?” demanda Quarion en voyant sortir l’aventurier.
Daran Edermath. Il avait peu de réponses et beaucoup de questions. Mais il est prêt à nous soutenir. Du moins c’est ce qu’il a prétendu…”.
Nous verrons cela après” coupa court Roberto. “Il faut que nous commencions à échafauder un plan”.

Sur le chemin du retour Jervan et Kossef décidèrent de s’arrêter pour rendre une petite visite à Harbin Wester, le bourgmestre de Phandalin. A Baldur, son habitation aurait eu les allures d’un palais bourgeois. A Phandalin, elle faisait office de résidence mais aussi d’hôtel de ville.
Annoncés par un valet, les deux compagnons furent reçu immédiatement par Harbin, un homme qui accordait à l’évidence une grande importance à sa longue barbe rousse tressée.
Tout en la caressant d’une main potelée ornée de bijoux, le bourgmestre les salua d’un ton mielleux : “Bienvenue à Phandalin, aventuriers. Vos exploits ont déjà fait le tour de la ville mais je me réjouis de cette visite en mon humble demeure. Je pourrai ainsi les entendre narrés par la voix même de ceux qui les ont accomplis”. Il leur fit rapidement signer de s’installer dans les épais fauteuils qui décoraient sa salle d’audience.
L’honneur est partagé car depuis longtemps nous voulions rencontrer celui à qui Phandalin doit sa prospérité” répondit d’un ton également enjoué Jervan. L’ironie de la remarque aurait échappé au plus attentif des auditeurs.
Nous venons vous présenter nos hommages et vous offrir les services de nos épées” ajouta Kossef. “Nous avons eu écho des troubles que vous causent les Marquerouges…”.
Ô jeunes et preux aventuriers…” le coupa Harbin “les Marquerouges nous causent en effet quelques soucis mais rien qui ne puisse être réglé avec … disons … doigté. Non, si vous devez secourir Phandalin, c’est plutôt en rendant plus sûres certaines proches localités d’où proviennent diverses nouvelles préoccupantes ».
« Ah, bon ? Qu’est-ce qui pourrait être plus préoccupant que les Marquerouges dont tout le monde parle en ville ? ».
« Tenez, pas plus tard qu’hier un autre marchand de passage dans la ville est venu m’informer de la présence d’orcs au Nord-Est, plus loin, sur la piste de Triboar”.
Des orcs ?” s’enquit Kossef “cela faisait longtemps qu’il ne s’était plus aventurés dans cette région, si loin de leur territoire”.
En effet, depuis la destruction de Phandalin. Personne n’a oublié le coup qu’ils ont porté à la ville. On raconte que leurs corps jonchent encore les galeries de la mine perdue de Phandelver. Vous comprendrez donc que cette information ait retenu toute mon attention”.
Et la nôtre. Décidément, Phandalin est une ville moins paisible que ce que l’on pourrait croire” souligna Jervan.
Oh, nous avons notre lot de soucis. Mais qui n’en pas aujourd’hui ? De la Côte des Epées jusqu’aux cimes de l’Epine Dorsale du monde, les occasions pour des aventuriers expérimentés comme vous ne doivent pas manquer…
En effet, mais parfois l’on aimerait pouvoir simplement se sentir chez soi” nota douloureusement le nain en repoussant mentalement une pensée triste.
Sommes-nous entendus alors ? Irez-vous vérifier ce qu’il y a de vrai dans ces histoires de raids d’orcs ?” demanda pour la premier fois avec un léger malaise Harbin tout en tournant nerveusement les tresses de sa barbe dans ses mains.
Oui votre Excellence. Nous ne manquerons pas de vous donner de nos nouvelles” conclut Kossef tout en souriant intérieurement. Après avoir enfin rencontré Harbin, il savait que Phandalin attendait encore un vrai chef. Il avait quelques idées sur ce point.

Le soir même tous les compagnons se réunirent dans la grande salle commune de l’auberge de Phandalin. Après avoir partagé les informations recueillies pendant la journée, ils commencèrent à discuter de leur prochain pas. Les possibilités d’aventure ne manquaient pas.wallpaper_Illo 5
Je pense que nous devrions commencer par les Marquerouges” suggéra Roberto. “Quoiqu’en disent Daran et le bourgmestre, il s’agit de la menace la plus proche”.
Il est vrai que notre arrivée en ville n’a pas dû passer inaperçue” concéda Jervan. “Si, comme nous le pensons, les Marquerouges ont quelque chose à voir avec la disparition de Gundren, ils ne manqueront de frapper et ce au moment où nous nous y attendrons le moins”.
Si nous portons notre coup maintenant, nous pouvons avoir l’avantage” observa Roland. Les dragons pourraient attendre, pour le moment du moins, pensa-t-il.
Dorin ne put s’empêcher d’ajouter « Et puis, plus le temps passe, plus les chances de retrouver Gundren en vie s’amenuisent ».
Très bien, si nous sommes tous entendus, nous allons nous occuper en premier lieu des Marquerouges” conclut Kosser. Quarion acquiesça silencieusement.
Les Marquerouges ? Vous allez nous en débarrasser ?” demanda Pip, le petit garçon de Toblen en s’avançant vers leur table. Ils n’avait rien perdu de leur conversation.
Vous savez, mon ami Carp dit avoir trouvé un tunnel secret dans les bois. Il doit déboucher dans les souterrains du manoir où sont installés les Marquerouges mais il n’a pas pu le vérifier. lls patrouillaient aux alentours et ont failli l’attraper ! Mais il avait déjà pu remarquer leurs allers-retours incessants dans cette partie de la forêt. Ils doivent utiliser ce passage pour sortir du manoir sans se faire remarquer ou encore pour y ramener des provisions, peut-être même leurs prisonniers…”.
Tu es sûr, ce n’est pas l’une de tes histoires Pip ?” demanda Trilena à son plus jeune fils. “Carp est son meilleur ami, c’est le fils de Qelline Feuilledaulne”.
Oui maman, je te l’assure !”.
Je crois que nous tenons enfin notre élément de surprise” sourit Roland. “Mais je pense que, avant, une petite visite à la taverne qu’ils fréquentent à l’Est de la Ville s’impose”.
Pourquoi ?” s’enquit Roberto avec une note d’exaspération dans sa voix. Il aspirait désespérément à régler ses comptes avec ses anciens complices.
Eh bien, la surprise n’en sera que plus grande, et plus appréciée” sourit Quarion qui avait compris le plan de son ami “si plusieurs d’entre nous rentrent dans leur repaire par la grande porte”.

Les discussions se prolongèrent à la nuit tombée mais les compagnons étaient tombés d’accord : Jervan, Roland et Quarion iraient à la Taverne du Géant endormi pour offrir leurs services aux Marquerouges et demander à être présentés à Crossedeverre alors que Kosser, Dorin et Roberto s’infiltreraient dans leur repaire par le tunnel que l’ami de Pip avait découvert dans les bois.
Bientôt, un jour nouveau se lèverait sur Phandalin.

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