Volturne 3001 : premier épisode

À bord de l’Aube Radieuse, un astrocroiseur affrété par le gouvernement de l’Etoile de Truane, près de mille personnes ont embarqué à destination de la planète géante Volturne, aux confins de l’espace de la Fédération des Planètes Unies. Leur mission : explorer, cataloguer, cartographier, répertorier, évaluer, et, bien sûr, transformer ce nouveau monde en avant-poste militaire, destiné à parer une nouvelle invasion éventuelle des mystérieux et redoutables Sathars qui, il y a plus de 3000 ans, terrorisèrent les Grandes Races Galactiques, Vrusks, Yaziriens, Dralasites et Humains.

Rand Al’ Skyborn, capitaine dans l’armée de l’Etoile de Truane, vétéran des grandes Campagnes de Zébulon, il y a quinze années standard, est attablé dans la salle panoramique du Grand Salon de l’Aube Radieuse, en compagnie de Bick Art, le brillant ingénieur dralasite pour lequel les méandres de la robotique sont comme un fleuve à explorer sans fin, d’Ari Stoï, le cartographe vrusk, connu pour avoir, avec une impavide rigueur, exploré la plupart des mondes des confins de la F.P.U., Yanguyss, l’ombrageux exobiologiste yazirien qui n’a pas encore trouvé son ennemi à vie, ni, d’ailleurs, le véritable chemin de la Fureur, mais ne désespère pas de changer la donne en découvrant Volturne.

On ne peut pas dire que les relations entre ces personnages soient aussi fortes que les chants des Enfants-Rois de Truane, mais ils ont conscience de prendre part à une expédition décisive. Yanguyss apprécie la parcimonie avec laquelle s’exprime le capitaine Skyborn et perçoit cette blessure cachée qui le maintient, perpétuellement, à l’affût de la mort. Un homme auprès duquel le danger ne prendra jamais la forme d’une condamnation sans appel. Quant au Dralasite, même s’il est délicat de saisir des émotions dans les modifications incessantes de sa structure corporelle, il intrigue suffisamment le Vrusk pour que ce dernier se départisse de sa morgue aristocratique habituelle et engage la conversation.

Après un salut, de pure convenance, de la Commandante de l’Aube Radieuse, Annie Russel, dont le regard s’attarde imperceptiblement sur le visage couturé de cicatrices du vétéran de l’Etoile de Truane, en annonçant que la destination de l’expédition approche, Rand Al’ Skyborn sent, confusément, que quelque chose d’anormal est en train de monter, sous la surface affairée et sous l’excitation bien naturelle de l’équipage. Il décide d’aller vérifier l’arsenal de bord dans lequel sont scellées toutes les armes et Bick Art fait le choix de l’accompagner. L’odorat exacerbé du Dralasite est toujours perturbé par la foule et une exploration de coursives vides lui sera bénéfique. Pendant ce temps, les « savants » de l’expédition, Ari Stoï et Yanguyss se rendent à la bibliothèque numérique de bord pour tenter d’en apprendre plus sur Volturne. Ils y découvrent qu’au-delà de l’envoi de sondes robotisées, selon une procédure classique de l’exploration planétaire, les archives de Truane font mention d’une première expédition sur Volturne, purement militaire, qui, toutefois, est classifiée et n’apporte aucune information utile à des civils, fussent-ils des chercheurs aguerris.

Des variations, d’abord subtiles, mais de plus en plus marquées, dans la vibration atomique des moteurs de l’Aube Radieuse, alertent l’ingénieur Dralasite qui s’en ouvre au capitaine Skyborn. De retour dans les quartiers des passagers, ils perçoivent à nouveau que quelque chose ne va pas. Skyborn ne parvient pas, d’ailleurs, à contacter la commandante Russel sur son chronocom direct. En sortant de leur cabine, Art et Skyborn se retrouvent sous le feu laser d’un… soldat de l’armée de Truane ! Parallèlement, Stoï et Yanguyss sont brutalement attaqués dans la bibliothèque, également par un soldat armé. Partout, des cris s’élèvent, ponctués d’explosions, d’abord espacées, puis de plus en plus rapprochées.

SF_Feats04Et, soudain, le message d’une Annie Russel qui semble dépassée par les événements tombe de tous les terminaux de bord : « Alerte rouge, alerte rouge, l’Aube Radieuse est arraisonné par les Pirates de l’Espace ! Que tous les passagers, avec l’aide de l’équipage, se dirigent vers les navettes de secours !« .

L’affolement est d’autant plus général, qu’il semble clair que ceux qui se font appeler, d’une façon délicieusement surannée, les « Pirates de l’Espace« , ces rebelles que le gouvernement de l’Etoile de Truane traque inlassablement dans la ceinture d’astéroïdes, et dans tous les mondes qui lui appartiennent, ont manifestement infiltré les forces militaires. L’irritation de Skyborn est à son comble. Le Dralasite et le Capitaine cheminent en direction des navettes de secours et tombent sur le Lieutenant Curtis Slague qui, dans un sas, semble avoir perdu le contrôle de lui-même et, armé d’un fusil laser, abat un soldat qui s’interposait dans la coursive menant aux navettes de secours. Rand reconnaît Slague, qui a déjà servi une fois sous ses ordres sans lui laisser, toutefois, une souvenir très marquant ; l’ayant réprimandé, il le laisse rejoindre la course vers le dernier sas. De leur côté, Yanguyss et Ari Stoï parviennent à se débarrasser du soldat et à se diriger aussi vers les navettes de secours.

L’Aube Radieuse tangue affreusement : le vaisseau, aussi incroyable que cela paraisse, pour une nef militarisée d’un tel tonnage, est à l’agonie. Les explosions violentes ne laissent aucun doute. L’une des deux navettes de secours ayant déjà été dépressurisée, ou peut-être ayant déjà été larguée, nos amis se réfugient in extremis dans la seule restante, ouverte un peu hâtivement par l’exobiologiste Yazirien.

4, 3, 2… 1 !

Le sas de la navette de secours se ferme brutalement et, sous la poussée de ses réacteurs automatisés, celle-ci jaillit en tournoyant dans le vide de l’espace, comme expulsée du giron martyrisé de l’astrocroiseur. Par la lucarne de vitracier de l’appareil de secours, Rand Al’ Skyborn, incrédule, assiste à la transformation de l’Aube Radieuse, en mini-nova, dont il ne reste qu’une trace rémanente sur fond de nuit éternelle. Le vétéran n’a aucun doute : des centaines de personnes viennent de perdre la vie. Des membres d’équipage, des soldats placés sous ses ordres, et probablement, des pirates en grand nombre. Annie Russel a-t-elle survécu ? A-t-elle choisi de saborder elle-même le vaisseau ?

Des questions dont il lui faut, pour l’heure, se délester.

Deux jours à tuer, dans un espace exigu, littéralement cernés par le froid implacable de l’espace entre les mondes. Grâce à leurs compétences techniques, Bick Art et Rand Al’ Skyborn parviennent à déterminer que les processus de navigation automatiques de la navette dirige celle-ci vers la surface de Volturne. Mieux, et de façon surprenante : au lieu d’être programmée pour une mise en orbite, en attente de récupération, comme c’est la procédure classique en cas de perdition d’un astrocroiseur, la navette a déjà initié une procédure de rentrée dans l’atmosphère. L’orbe orangé d’un monde inconnu semble se précipiter vers les cinq rescapés. Le lieutenant Slague semble apathique, et demeure si silencieux, que les quatre autres oublient presque son existence. L’inventaire de la cabine de la navette de secours apporte la seule bonne nouvelle : des rations de secours, de l’eau, des couvertures de survie, et même de pistolasers, bref, tout ce qu’il faut pour survivre, au moins quelques jours, à la surface d’un monde hostile, est là, à leur portée.

Mais l’atterrissage sur Volturne se passe mal.

Le plan de vol de la navette, impossible à modifier, semble avoir été calculé pour un monde beaucoup moins massif que Volturne, et l’entrée dans l’atmosphère ouvre immédiatement la possibilité d’un crash mortel. Au tout dernier moment, Rand Al’ Skyborn croit apercevoir dans le ciel la traînée blanchâtre caractéristique des réacteurs d’une autre nef de secours en phase de rentrée atmosphérique et placée sur une trajectoire divergente, apparemment mieux contrôlée. En dépit de toutes les tentatives de Bick Art, le choc est extrêmement brutal.

Immédiatement, le feu prend dans le panneau de commande, et s’étend. Il faut évacuer vers la surface de la planète qui, à travers le vitracier fendu, semble être avalé par une SFSkills02-300x198nuit menaçante. Dehors, la première chose qu’ont à subir les rescapés, c’est la chaleur. Plus de 55 °C, alors même que, manifestement, le long jour de Volturne (le cartographe Vrusk l’évalue à 80 heures-standard) est en train de prendre fin. Dans l’incendie de la navette qui semble un phare allumé pour annoncer leur présence, les survivants perdent tout ce qu’il n’ont pas pu emporter sur leur dos. Les rations de survie en surnombre, les armes supplémentaires, et tout ce que pouvait recéler les autres compartiments, ou la soute extérieure de la navette, qu’ils n’ont pas pris le temps d’ouvrir, est perdu.

Dans la nuit, le regard perçant du Yazirien, libéré par la baisse de la luminosité, détecte une formation rocheuse en forme de dôme, au nord, nord-ouest de la zone du crash, et plus loin encore, peut-être, dans le miroitement de l’air du désert qui ne se rafraîchit qu’à regret, l’esquisse d’une chaîne de montagnes. Le groupe se dirige vers ce dôme qui, au fur et à mesure qu’il se rapproche ressemble de moins en moins à une formation rocheuse naturelle.

Les bruits nocturnes d’un désert qui pourrait bien ne pas avoir de fin suscitent l’inquiétude du Dralasite. Vibrations rythmées, battements d’ailes immenses, menaces susurrées au seuil de la perception. Alors qu’il leur faudrait presser le pas, ils choisissent de s’arrêter, pour boire quelques gorgées. Deux rencontres interviennent, aussi déroutantes l’un que l’autre, par leur issue.

Un ver des sables, d’une longueur de près de vingt mètres, croise la route des rescapés. Mais, alors même que Yanguyss éprouve le besoin, irrésistible pour l’exobiologiste qu’il est, de prélever une partie de sa substance étrangement aqueuse, presque gélatineuse, la créature n’attaque pas et poursuit sa progression ondulatoire dans la nuit. Peut-être était-elle attirée par la vibration rémanente du crash de la navette. Toutefois, le Dralasite est formel : l’odeur du ver était celle d’un carnassier. Il aurait dû attaquer…

L’autre rencontre, extrêmement brève, vient du ciel. Le groupe est survolé par ce qui ressemble à un drone de surveillance, mais d’une technologie que le technicien qu’est aussi Skyborn ne reconnaît pas. Le faisceau aigu de lumière sillonne le ciel, mais le survol n’est suivi d’aucune attaque. Manifestement, quelqu’un sur ce monde, dispose d’une technologie avancée, et sait, désormais, que des étrangers errent dans le désert de Volturne.

Le dôme de roche, une fois rejoint, se révèle disposer d’une unique ouverture, pointant vers le nord. A l’intérieur de ce qui semble être un lieu de repos, ou peut-être de culte, se trouve un puits de pierre, apparemment très profond. L’eau qu’il contient, toutefois, grâce à l’analyse qu’en fait le Dralasite, à l’aide d’une corde trempée, n’est autre qu’un poison. Elle contient l’équivalent d’un arsenic, substance létale pour les organismes des rescapés quelle que soit leur race. Si le puits est représentatif de ceux que l’on trouve sur Volturne, il faudra très rapidement résoudre la question de l’hydratation.

Mais, comme pour l’exobiologiste au moment de la rencontre avec le ver, le cartographe Vrusk sent monter une extraordinaire jubilation d’explorateur. Car, ce monde n’est pas seulement vivant, vaste et surprenant. Il promet aussi une rencontre avec une autre intelligence, peut-être une autre civilisation. En effet, les inscriptions géométriques et régulières sur la margelle du puits et sur tout le pourtour intérieur du dôme, ainsi que les traces au sol, régulièrement espacées et ne correspondant à aucune morphologie connue, lui font une promesse à laquelle il ne saurait résister : langage fait société, partout dans l’univers.

Epuisés, et après une dernière tentative infructueuse d’un dralasite décidément très inventif, d’explorer le fond du puits, le groupe s’installe sous le dôme, pour y passer la fin de la nuit.

Fin du premier épisode.

Temps de jeu : 3h30 (sans compter la phase de création des personnages).

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