Les Princes de l’Apocalypse – Episode 1

Alors que les premières lueurs du jour venaient embrasser les cimes des collines entourant Phandalin, les compagnons étaient tous réunis dans le bureau de Gundren Chercheroche. Le nain caressait sa barbe nerveusement, visiblement troublé. Enfin, Gundren rompit le silence pesant qui avait envahi la pièce.

“Mes amis, depuis la redécouverte de la mine perdue de Phandelver, vous avez été les témoins de la renaissance de notre petite ville. Le minerai qui est extrait chaque jour est d’une grande qualité et notre renommée commence à s’étendre au-delà de nos vallées.
Il y a quelques semaines, j’ai repris contact avec des cousins éloignés vivant à Mirabar. Ce sont des marchands qui disposent de comptoirs dans de nombreuses villes de la Côtes des Epées et même au-delà. Nous avions prévu de nous rencontrer prochainement pour discuter de nouveaux débouchés commerciaux dans les régions du Nord. J’avais entendu dire que la demande pour le platine était devenue très forte et j’espérais pouvoir ainsi accroître significativement nos bénéfices. J’avais prévu de revoir bientôt mes cousins pour finaliser les termes d’un accord commercial. Ils s’étaient joints à une délégation partie de Mirabar et devaient se diriger vers le Sud avant de rejoindre la petite ville de Rougemélèze. La délégation comptait une quarantaine de personnes, dont certains membres de l’aristocratie et de la bourgeoisie la plus fortunée de Mirabar. Des gardes expérimentés les accompagnaient, tous lourdement armés.
Pourtant, c’est ici que les choses se corsent : ils ne sont jamais arrivés à Rougemélèze. C’est comme si les collines de Sumber les avaient avalés. Etrange pour une région qui ne fait que rarement parler d’elle et où les brigands sont plutôt rares. A présent, vous pouvez comprendre pourquoi je suis inquiet”.

Roberto plissa les yeux, tous ses sens en éveil. Qui avait pu faire disparaître une délégation aussi importante ? Même ses anciens complices, les Marquerouges, n’auraient pas été capables d’un tel exploit… A moins qu’il n’y ait de la magie là-dessous.

“J’ai une requête pour vous mes amis” continua Gundren “je voudrais que vous vous rendiez à Rougemélèze et que vous découvriez ce qui est arrivé à mes cousins et, par la même occasion, à toute la délégation de Mirabar. Mon sixième sens est en éveil depuis le début de cette histoire”.

Les compagnons se regardèrent, en silence. La vie à Phandalin était confortable mais un mystère à éclaircir était le bienvenu. L’affaire fut donc entendue : ils partiraient dès le jour suivant en s’engageant sur la route de Triboar. Le reste de la journée serait consacré aux préparatifs. Certes les contrées à traverser n’étaient pas connues pour être très dangereuses, mais la disparition mystérieuse de la délégation de Mirabar était suffisamment surprenante pour justifier que rien ne soit laissé au hasard.

Pendant que certains compagnons se dirigeaient vers le comptoir d’Elmar Barthen, Quarion s’avançait d’un pas décidé vers le sanctuaire dédié à Tymora. Il savait qu’il devait voir quelqu’un avant de partir. Dans les jardins du sanctuaire de la déesse de la Chance, le temps semblait s’être arrêté. Il reconnut immédiatement la silhouette de celle qu’il cherchait, penchée sur un parterre de tulipes.
“Je vous attendais, Quarion” dit la jeune elfe sans interrompre les soins qu’elle prodiguait aux fleurs du jardin.
Surpris, Quarion plongea son regard dans celui de la prêtresse.
Visiblement amusée par l’émoi que le jeune magicien tentait de dissimuler maladroitement, Soeur Garael poursuivit : “J’ai appris que vous alliez vous rendre à Rougemélèze. J’aimerais vous y accompagner”.
“Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous appelle si loin de Phandalin ?”
“Rougemélèze est une petite ville mais un lieu de passage presqu’obligé pour ceux qui, de Triboar, entendent aller vers le Sud. Les visiteurs sont nombreux et un sanctuaire un peu particulier a été édifié dans la ville : ce sanctuaire est consacré à tous les dieux bons. Tous les mois, deux prêtres de foi différente s’installent dans le sanctuaire et y officient. Tymora vient de me l’annoncer en songe : le temple a besoin de mes services”.
Quarion ne savait pas s’il devait se réjouir ou être effrayé à l’idée de passer de longues journées avec Garael. Soudainement, il se sentit très seul, prisonnier de chaînes invisibles mais néanmoins insoutenables.
“Vous pouvez compter sur nous, Soeur Garael. Nous assurerons votre sécurité et veillerons à ce que vous rejoigniez sans encombre Rougemélèze”.
Le visage de Garael s’épanouit en un grand sourire. “Je n’en ai jamais douté, Quarion”.
Le jeune magicien se surprit à sourire : il aimait la façon dont elle prononçait son prénom. Perdu dans ses pensées, il rebroussa chemin en se dirigeant vers l’auberge où l’attendaient ses amis.

Après une courte nuit de sommeil, les compagnons se retrouvèrent à l’aube dans la salle commune de l’auberge de Phandalin. Chacun se mit à charger son matériel sur les wagons qui stationnaient dans la cour principale. Sauf Kossef.
“Cette fois-ci, je ne serai pas de l’aventure”.
Tous ses compagnons se tournèrent vers lui, interloqués.
Kossef poursuivit, avec une voix hésitante.
“Phandalin a besoin que quelqu’un reste. Jervan, Roland, Quarion, Dorin, Roberto : vous l’avez bien vu vous aussi, quelque chose ne tourne pas rond ici. Pourquoi Harbin Wester a laissé la situation s’enliser pendant tant de mois avec les Marquerouges ? Quel bourgmestre digne de ce nom accepterait que ses concitoyens soient la proie de malfaiteurs sanguinaires sans réagir ? Il faut que je reste ici”.
Les autres compagnons tentèrent de raisonner le jeune guerrier, mais rien n’y suffit.
Ce fut finalement Roland à formuler ce que ses amis n’osaient pas s’avouer.
Ils s’éloignèrent lentement, en se retournant régulièrement vers la silhouette fière de Roland qui se détachait devant l’auberge de Phandalin.

Devant le sanctuaire de Tymora, Garael les attendait en tenue de voyage. Elle grimpa vite dans le wagon sans comprendre immédiatement pourquoi ses amis étaient si taciturnes. Ils tournèrent rapidement leurs chevaux et s’engagèrent sur la route de Triboar. Après quelques heures, la piste commença à monter avant de s’engouffrer dans le relief qui séparait Phandalin de leur première destination. Dorin remarqua soudainement des voyageurs encapuchonnés qui exploraient le flanc de la montagne. Mais après avoir échangé quelques signes de salutation, chacun poursuivit son chemin. A la tombée de la nuit, les voyageurs décidèrent de s’arrêter. Un tour de garde fut organisé mais rien ne se produisit.

Le jour suivant, les compagnons continuèrent de s’engouffrer de plus en plus loin dans la montagne. Un environnement minéral de plus en plus abrupte les entourait et la chaleur était devenue vite étouffante. Un vent sec, chargé de sable leur frappait le visage et leur asséchait la gorge. Seule la nuit leur apporta un peu de répit. Dorin s’installa pour assurer le premier tour de garde. Après une demi-heure environ il fut alerté par le bruit cinglant de métal qui s’entrechoque et de pas lourds. Tous les compagnons se saisirent de leurs armes, prêts à affronter la menace qui allait surgir d’un instant à l’autre au milieu du campement.

L’attente leur parut interminable alors que le bruit de pas cadencés s’approchait de plus en plus. Une silhouette immense se détacha enfin de la nuit pour révéler une armure entourée d’une lumière bleuâtre. Là où devaient se trouver les yeux de la créature brillaient deux flammes rouges.
L’armure s’arrêta enfin puis se mit à fixer à tour de rôle chacun des compagnons. Elle posa enfin un genou à terre devant Roland. Inquiet pour son ami, Roberto proposa immédiatement de l’abreuver de l’une de ses fioles explosives.
Roland l’arrêta immédiatement : “Ne fais rien ! J’ai déjà entendu parler de ces armures… dans les contes que mon père me narrait alors que je n’étais encore qu’un enfant. De telles armures sont des protecteurs animés par la magie”.
“Mais comment une telle armure peut-elle se trouver en un endroit aussi isolé ? Et pourquoi protège-t-elle Roland ?” pensa Quarion. Le jeune elfe se tourna vers son ami : “Ordonne à la créature de se laisser inspecter. Je vais tenter de la sonder par la magie”. Puis il récita une incantation pour identifier le sort qui animait l’être mécanique. Les images étaient brouillées mais il parvint à apercevoir ce qui semblait être la salle commune d’une auberge, puis un écriteau qui annonçait fièrement “Bienvenue à Béliard”. D’un coup les images commencèrent à s’accélérer jusqu’à ce qu’il puisse clairement distinguer un homme portant une longue cape pourpre murmurant des enchantements. Probablement son créateur.
Le contact s’interrompit brusquement. Béliard. Quarion mémorisa rapidement ce nom avant de partager avec ses amis ce qu’il avait appris.

Le lendemain, les compagnons se remirent en chemin, accompagnés de l’armure animée qui les suivait, infatigable. Après avoir contourné Triboar, ils arrivèrent enfin au pont du Marais de Gouffrenoir. Un silence étrange entourait les lieux : ils commencèrent à inspecter les environs. Concentré, Jervan n’observa rien de particulier : le pont était à l’évidence une construction humaine et ne portait aucune marque particulière. Quarion projeta aussi son esprit sur chaque élément du pont et s’arrêta soudainement : “Il reste des traces d’une magie, une magie oubliée. La magie élémentaire !”.
Se retournant vers ses compagnons, il poursuivit son explication : “Les éléments sont la matière qui construisent le multivers. Ils sont les porteurs d’un grand pouvoir. Mais ils sont aussi en perpétuel conflit : par conséquent, la magie élémentaire peut conduire au chaos…”
Après quelques secondes, il conclut pensif : “Cela faisait des siècles que la Côte des Epées n’avait plus connu un tel type de magie”.
Roland lui sourit. Attrapant une pièce d’argent dans sa besace, il la lança dans l’eau stagnante qui se trouvait sous le pont : “Que cela nous porte chance alors !”.

Quelques heures après, ils commencèrent à apercevoir les terres cultivées entourant Pont-d’Ouest. De part et d’autres des fermes venaient ponctuer le monotonie de champs où quelques  paysans laboureraient la terre et semaient. A une trentaine de pas, un paysan leur adressa un signe de bienvenue mais son geste fut interrompu par un brusque tremblement de terre. Le sol s’ouvrit sous les pieds de l’agriculteur pour laisser apparaître les têtes hideuses de trois insectes gigantesques.
“Des ankhegs !” cria Quarion avant de lancer un sort offensif. La terre semble répondre à son appel et une énergie énorme surgit de ses mains pour se diriger inexorablement contre le premier monstre. L’armure enchantée se dirigea d’un pas sûr vers le second, qu’elle découpa d’un geste sec avant de se désagréger en des pièces de métal inanimé.
Dorin s’élança pour protéger le paysan mais le troisième ankheg, hurlant de douleur parvint à serrer dans sa terrible mâchoire l’une de ses jambes. Guidé par le désespoir, Jervan arriva au secours de son compagnon et pris son élan sur lui pour écraser sa masse de guerre d’un coup violent sur le crâne de l’ankheg. Une projection d’acide atteint alors Quarion qui, tétanisé par la douleur fut agrippé par le dernier insecte. Il s’évanouit.
Voyant leur ami en danger, Roland et Roberto concentrèrent leurs flèches ravageuses sur le monstre qui s’inclina enfin. Immédiatement, tous les compagnons coururent au secours de l’elfe.

A une centaine de pas, l’épouse du paysan attaqué avait assisté à toute la scène. Après avoir couru à leur rencontre, elle prit dans ses bras les aventuriers et les invita à entrer dans leur demeure.
Encore secoué par ce qui venait de se passer, le paysan s’assit lourdement à côté de la cheminée et expliqua : “Les ankhegs sont la bénédiction et la malédiction des agriculteurs de la région. En creusant des tunnels, ces insectes géants retournent la terre et la fertilisent de leurs déjections. Mais parfois ils attaquent ceux qui travaillent dans les champs, attirés par le bruit régulier des outils de labour. La mort n’est jamais trop loin dans nos contrées… mais c’est vrai que les attaques sont plus fréquentes depuis quelques semaines”.
Dans la pièce à vivre, la petite fille du paysan observait les compagnons silencieusement. Âgée d’environ 12 ans, elle avait un visage rond, couronné de cheveux roux bouclés.
“Puis-je vous offrir de partager notre repas ?” demande la maîtresse de maison.
Devant les regards réjouis des voyageurs, la jeune fille n’hésita pas à servir à chacun une portion du délicieux ragoût qui mijotait depuis des heures.
“Y a-t-il d’autres événements sortant de l’ordinaire, au-delà du problème des ankhegs ?” demanda Roberto.
“Le temps aussi a changé” répondit l’épouse “sans compter la disparition soudaine d’Oric et Lathna, les enfants de la ferme à côté. Nous nous sommes réunis avec tous les paysans des environs pour organiser une grande battue et les retrouver mais il semblerait qu’ils aient été kidnappés car des traces de plusieurs personnes ont été aperçues là où ils ont été vus pour la dernière fois”.
Ils continuèrent ainsi de discuter pendant un peu plus d’une heure.
Avant de partir Jervan bénit la maison.

Les compagnons décidèrent de ne pas s’arrêter à Pont-d’Ouest mais d’avancer résolument vers Rougemélèze. A leur arrivée, ils découvrirent une petite ville qui commençait à se développer grâce à sa localisation stratégique la Longue Route. Cette dernière coupait en deux Rougemélèze. Du côté Ouest, un peu après les étables de la principale auberge se trouvait une grande bâtisse en pierre. Jervan n’eut aucun mal à interpréter les runes qui ornaient sa façade : il s’agissait bien du Sanctuaire de Toutes les Fois.
« Il semblerait bien que je sois arrivée » dit Garael. Ils firent une première halte dans le lieu-saint, où ils furent accueillis par un véritable énergumène de presque six pieds, Imdarr Relvanunder, prêtre de Tempus ainsi que d’une jeune femme dont le visage plein de tâches de rousseur était auréolé d’une chevelure blonde fine, Lymmura Auldarhk, prêtresse de Sune.
« Ravis de vous accueillir dans le Sanctuaire de toutes les Fois » dit Imdarr avant de serrer dans ses bras Garael. « Vous devez être la prêtresse de Tymora que nous attendions ! Quelle joie : avec toutes les nouvelles préoccupantes qui nous sont rapportées par les voyageurs, nous craignions pour votre sécurité ». La voix d’Imdarr paraissait surgir d’un bloc de chêne.
Il se tourna vers Jervan. « Il n’est pas courant de rencontrer des prêtres de Marthamor Duin dans le Nord. C’est un honneur mon frère ». « Il en est de même pour moi » répliqua Jervan, lisant dans le regard de son interlocuteur un respect auquel il n’avait goûté que trop rarement dans les contrées du Nord.
« Vous devez être éreintés par le voyage. Permettez-nous de vous montrer le Sanctuaire et de vous offrir quelques rafraîchissement ».
La visita dura une bonne demi-heure, puis le compagnons aidèrent Garael à s’installer dans les quartiers qu’elle allait occuper pendant quelques semaines. Elle regarda une dernière fois Quarion et prit congé en lui disant : « Vous savez à présent où me trouver mon ami ».
Quarion répondit d’un signe de la tête et décida alors d’aller se recueillir dans le temple. Il se mit à méditer pendant de longues minutes. Mais ce moment d’introspection fut brusquement  interrompu par la voix d’Oghma qui se mit à résonner en lui : “Mon fils, écoute la terre !”. Puis ce fut le silence.
Reposés, les aventuriers décidèrent de continuer leur visite de la ville et de ses commerces. Au moment où les personnages allaient partir, une plainte longue et rauque s’éleva des entrailles de la terre : le sol se mit à trembler pendant plusieurs secondes avant d’être étouffé par un silence pesant.

En traversant la Longue Route, ils se dirigèrent vers un magasin dont la devanture affichait l’image d’un demi-orque souriant au-dessus de la mention « Armurerie Têtedacier ». Dans le magasin, Feng Têtedacier lui-même les attendait. Le demi-orque avait arpenté toute la Côte des Epées comme garde du corps pendant des années avant de s’installer à Rougemélèze. Ce n’était pas un fin armurier mais il avait un véritable don pour savoir reconnaître si une arme ou une armure étaient de bonne qualité et pouvaient endurer des années d’utilisation dans le mauvais temps.
Roberto se dirigea d’un pas assuré vers le demi-orque qui le surplombait.
« Nous avons une requête… disons inhabituelle… » Avec Quarion, il montra à Feng les restes de l’armure animée. Accepteriez-vous de fondre cette armure en lingots ? »
Feng regarda attentivement la fabrication. « Vous êtes sûrs de vouloir la faire fondre ? C’est de l’acier de qualité et bien travaillé. On pourrait en tirer un bon prix, vous pourriez me la laisser en dépôt et je ferais le reste… ».
Mais les compagnons insistèrent et Feng accepta donc de fondre l’acier de l’armure contre 1/7 de l’acier. Cela prendrait une semaine.

Satisfaits du marché qu’ils venaient de passer, il retraversèrent la Longue Route pour se diriger vers une taverne qui occupait un bâtiment à deux étages en très mauvais état. Des grilles en métal rouillé couvraient des fenêtres petites et sales. La seule chose en bon état était l’enseigne, qui proclamait en grandes lettres blanches que les visiteurs se trouvaient à l’entrée de l’Auberge du Heaume. A côté de cette mention, un heaume de fortune fabriqué dans un seau en métal était gravé dans le bois de façon grossière.
Après avoir franchi la porte de l’auberge, les personnages se dirigèrent sans tergiverser vers le bar qui se trouvait au fond d’une pièce commune faiblement éclairée par trois chandeliers en cuivre. Ils pouvaient à peine discerner un petit escalier qui, à l’évidence, devait conduire à la réserve. Le Heaume, comme l’appelaient affectueusement les visiteurs, était une auberge où les gens venaient pour se détendre et discuter. Après avoir commandé une boisson, ils ne purent s’empêcher de remarquer la garde demi-orque qui hurlait dans l’un des coins de la salle. Visiblement ivre, Zomith, avait envie de parler.
Jervan l’approcha et commença à l’interroger :
« Avez-vous eu des nouvelles de la délégation partie de Mirabar ? Il semblerait qu’elle ait disparu en chemin… »
« Des nouvelles … hic… je n’en ai pas et c’est tant mieux ainsi… hic… » Sa voix se fit plus basse : « Il y a quinze jours, j’étais sur un gros coup, j’escortais un convoi qui devait se rendre à Rougemélèze… en passant par Pont-d’Ouest. Eh bien, je croise les gars de Mirabar. Ils commencent à se la jouer fine avec moi, à se moquer de moi. Ils devaient transporter quelque chose de gros, parce q’ils étaient vraiment sur les nerfs. Mais comme me l’a appris mon père, rien de mieux qu’une bonne planche de sapin sur la tête pour remettre les idées à l’endroit. Ah ! ».
« Et depuis ? »
« Depuis, rien du tout, à part que mon verre est déjà vide ! Vous n’auriez rien pour qu’une femme courtoise telle que moi puisse se rafraîchir le gosier ? », lança-t-elle en regardant avec convoitise Roland.
« Nous n’allons pas pouvoir rester malheureusement, mais cela a été un plaisir » coupa court Dorin, mesurant l’embarras de son ami.

Les personnages se rendirent ensuite à l’Epée Balançante, l’auberge la plus célèbre de Rougemélèze. Située juste au Nord du Sanctuaire de toutes les Fois, l’auberge se détachait immédiatement des autres bâtiments avec ses trois étages en pierre, couronnés d’un toit percés de cheminées. On pouvait immédiatement apercevoir les grandes étables qui se trouvaient derrière la construction. Mais l’intérieur révéla aux aventuriers un petit aperçu du luxe des meilleurs établissements de Calimport. Ils furent immédiatement accueillis par Kaylessa Irkell, le maître des lieux, une matriarque d’une cinquantaine d’année aux cheveux noirs comme l’ébène et aux joues empourprées.
Prétextant qu’ils voulaient visiter avec elle les chambres de l’établissement, les compagnons en profitèrent pour découvrir les dernières rumeurs. Kaylessa avait envie à l’évidence de partager ses préoccupations. « Rougemélèze rest un endroit calme, mais moins aujourd’hui qu’auparavant. J’ai entendu parler de brouillard qui apparaissent en plein jour dans les collines Sumber, ou encore de rafales de vent chaud qui se mettent à souffler dans des endroits où l’air a toujours été froid. On dirait que le temps devient fou depuis quelques temps… Tenez : il y a deux jours, le soleil était clair et pourtant la foudre a frappé à deux endroits les collines. Si l’on m’interrogeait sur cela, je dirais que c’est de la magie perdue mais ce n’est que mon opinion ».
« Ce n’est pas un peu inhabituel, un établissement avec tant de luxe à profusion ? » demanda Jervan.
« Oh, je viens d’une famille d’hommes d’affaires et je suis certaines que Rougemélèze est appelé à grandir dans les prochaines années. Du coup nous avons décidé d’y installer notre établissement. C’est un petit pari sur le futur mais je pense que dans quelques années, tout le monde nous donnera raison, enfin, si j’arrive à faire reconstruire la cuisine qui a brûlé il y a deux semaines. Nous en sommes réduits à faire la cuisine dans cour et du coup ce sont les gens du Heaume qui récupèrent les passionnés de mets délicats ».
Après avoir visité tous les couchages qu’offrait l’auberge décidèrent de prendre des chambres mais de rester un peu dans la salle commune avant de se coucher.
Une épaisse cape verte rendait presque méconnaissables les traits d’un jeune acolyte, un demi-elfe. Après lui en avoir demandé la permission, ils décidèrent de s’installer à sa table. « Frère Eardon, tel est mon nom. J’ai entendu votre discussion avec Kaylessa. Première fois ici à l’auberge ? Vous découvrirez que c’est un endroit qui a plein de qualités mais pas la discrétion ! Je passe souvent par ici car je suis un prêtre itinérant, je fais parfois aussi le messager ».
« Ah, et vous est-il arrivé de croiser la délégation de la ville de Mirabar » s’enquit Roberto.
« Oh oui ! Ils sont partis de Mirabar en direction de Béliard il y a deux dix-jours. Ca m’a surpris qu’ils ne soient pas déjà arrivés car j’étais presque certain qu’ils avaient prévu de faire une halte à Rougemélèze ».
Après encore quelques minutes de discussion, ils décidèrent tous d’aller se coucher.

La nuit passa vite, tant la fatigue avait maltraité leurs corps au cours des derniers jours.

Le matin suivant, les personnages continuèrent leur visite de Rougemélèze. C’était une journée ordinaire : des nouveaux convois  arrivaient en ville, d’autres partaient en direction des quatre coins de la Côte des Epées. D’un coup, un nouveau tremblement se fit entendre. Une seconde après, une crevasse s’ouvrit sous les pieds de quatre petits enfants qui jouaient tranquillement dans le principal carrefour : il se trouvèrent engloutis avec une vieille charrue en bois qui stationnait à proximité. Leurs cris apeurés alertèrent immédiatement tous les passants. Une jeune femme habillés de vêtements violets se mit à courir vers le bord de la crevasse en implorant : « Sauvez mon enfant ! De grâce sauvez mon enfant ! ».
Toutes les portes s’ouvraient pendant que certains criaient : « Amenez une échelle, vite  ! ».
Roberto et Jervan se placèrent à côté de la jeune mère effrayé. Leur vision leur permettait de distinguer une chambre plongée dans l’obscurité, bien plus vaste que l’ouverture révélée par le mouvement tellurique qui venait de frapper Rougemélèze. Heureusement, un monticule de terre avait amorti leur chute: quoiqu’apeurés, les enfants étaient en vie.
Un parent s’approcha : « Mon garçon ! Sauvez mon garçon ».
Plusieurs anciens s’interposèrent : « Cette affaire ne doit pas être discutée devant des étrangers ! ». Un autre ajouta d’une voix stridule : « Les Creuseurs ne doivent pas être dérangés ! ».
Mais leurs paroles étaient couvertes par les cris de ceux qui réclamaient que quelqu’un intervienne.
Jervan se retourna vers ses amis : « Suivez-moi. Je sais comment nous allons les sauver ». Comprenant le plan du nain, Roberto rangea à regret la fiole explosive qu’il caressait dans sa main gauche.
Comme s’ils n’étaient qu’un seul être, les compagnons se ruèrent vers leurs équipements d’escalade.

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