Les Princes de l’Apocalypse – Episode 2

La foule était toujours amassée aux bords de la crevasse qui venait de s’ouvrir dans le carrefour central de Rougemélèze. Depuis la pénombre, les gémissements des enfants qui s’étaient retrouvés prisonniers du gouffre ne se tarissaient pas malgré les appels au calme de leurs parents.

« Laissez-nous faire » dit l’un des anciens. « Nous allons régler nous-mêmes ce problème ! Les enfants ne subiront aucun mal s’ils patientent un tout petit peu. Personne ne doit descendre là-dedans. Arrière ! ».

Une mère halfeline à la chevelure rousse n’entendit pas se ranger à l’avis de l’homme et tenta  malgré tout de s’approcher du bord : elle fut rapidement écartée alors qu’autour des compagnons, la présence de certains villageois commençait à se faire menaçante.

Jervan décida donc de prendre la parole. Immédiatement, l’un des anciens, Ilmeth Waelvur essaya de faire taire le nain : « Les Creuseurs ne doivent pas être dérangés ! C’est une affaire qui ne peut être discutée devant des étrangers ».

Mais il en fallait plus pour s’opposer à l’opiniâtreté du nain qui, puisant dans la relation privilégiée avec son dieu, s’adressa à nouveau aux habitants.

Effrayés, les parents se pressaient autours des Compagnons : « Sauvez nos enfants, de grâce ! ». Une autre femme, Albaeri Mellikho, tenta de s’interposer une dernière fois : « Les pierres ne doivent pas être déplacées ! » mais sa voix fut couverte par les cris des enfants et de leurs familles qui continuaient d’appeler à l’aide.

Jervan reprit : « N’ayez crainte. Mon dieu, un dieu nain qui chérit les oeuvres creusées dans la pierre, nous guidera. Nous vous ramènerons vos enfants sains et saufs ». Inspirées par Marthammor Duin lui-même, les paroles du prêtre portaient en elles la promesse d’une paix inespérée qui rasséréna immédiatement tous les présents.

Les compagnons se mirent rapidement à la tâche, sortant de leurs paquetages leur équipement d’escalade avant de s’engager dans la crevasse. Quelques mètres plus bas, les enfants les attendaient, blessés et apeurés mais vivants. Les aventuriers les attachèrent rapidement aux cordes pour que les familles, agglutinées autour du trou, puissent rapidement les remonter. Des cris de joie saluèrent l’arrivée de chaque enfant.

Maintenant que les enfants étaient sains et saufs, les compagnons purent enfin regarder de plus près la caverne dans laquelle ils se trouvaient. Large et de forme irrégulière, elle était jonchée de petites pierres. Par endroits, les racines des arbres de la surface se détachaient des murs créant l’illusion d’une barrière infranchissable. Un couloir large environ cinq pas partait vers le nord alors qu’une porte en pierre, dont la poignée se résumait à un anneau métallique rouillé, se trouvait à l’est.

S’approchant de cette porte, Roberto aperçut des capes usées posées sur le sol ainsi qu’une petite gourde en cuir.

« Pourquoi de telles capes se trouvent-elles ici ? Elles sont usées mais ne paraissent pas avoir été abandonnées depuis longtemps… » remarqua Dorin.

« Décidément, Rougemélèze est loin d’être la bourgade sans histoire que nous pensions ! » commenta Roland. « Elle me ferait presqu’oublier les Cimes jumelles, un village dont me parlait toujours mon grand-père quand j’étais enfant. Un vrai nid de vipères aussi ! ».

« Si quelqu’un a laissé ces capes là c’est probablement parce qu’il a coutume de les porter au-delà de cette porte. Enfilons-les » trancha Quarion.

Après avoir allumé leurs torches, c’est donc vêtus des capes qu’ils venait de trouver que les aventuriers s’approchèrent de la porte. De fabrication naine, elle s’ouvrit sans difficulté malgré son poids considérable et révéla aux yeux des compagnons un tunnel dont les murs avaient été taillés dans la roche vive. Ils s’engagèrent résolument dans l’étroit tunnel qui, après environ 60 pas, montait brusquement pour rejoindre l’emplacement de deux bas reliefs situés de part et d’autre. Ces bas-reliefs montraient deux nains vêtus tous deux d’une armure et brandissant fièrement des haches de guerre. Ils ressortaient nettement de la roche dans laquelle le passage avait été creusé.

Jervan et Roberto s’avancèrent d’un pas sûr pour les inspecter. Rapidement, leurs soupçons furent confirmés : il s’agissait bien de deux portes de sorte que les compagnons avaient maintenant trois options possibles : continuer de s’avancer dans le couloir ou explorer les ouvertures qu’ils venaient de révéler au nord et au sud.

Les compagnons ayant décidé de se diriger vers le passage au nord, Quarion prononça quelques mots d’incantation pour marquer les différents passages avant d’emboîter le pas de ses amis.

Là où ils venaient de s’engager, l’air était humide et des fines gouttelettes parsemaient la roche autour d’eux. S’enfonçant toujours plus dans les entrailles de la terre, le couloir se poursuivait pendant environ quatre-vingt pas avant de tourner brusquement à droite. Marchant encore, les compagnons aperçurent dans la pénombre une pièce. Mais une odeur étouffante commença alors à les assaillir : l’odeur ineffable de la mort.

Cette odeur de chair en putréfaction devenait de plus en plus insoutenable au fur et à mesure qu’il avançaient. Quand ils arrivèrent enfin au bout du tunnel, ils purent en découvrir l’origine : trois cadavres humains, réduits à des os sanguinolents et des tendons, gisaient sur le sol de la pièce carrée sur laquelle débouchait le passage. Deux énormes rats festoyaient sur ces corps, mâchant avidement la chair qu’ils arrachaient méthodiquement tandis qu’ils étaient bercés par le cri de leurs congénères. A leur vue, les compagnons décidèrent de rebrousser chemin pour revenir au croisement où se trouvaient les deux portes en pierre sculptées. Il s’engagèrent alors dans le prolongement du tunnel principal qui se trouvait à l’est.

Après quelques pas, le plafond retint leur attention : il était constitué de panneaux carrés de roche d’environ dix pas de côté, tous entourés d’épais cadres en acier rouillé. Trop tard ! Alors qu’ils s’avançaient, de lourdes cages métalliques tombèrent sur eux emprisonnant Jervan, Dorin et Roland.

Les deux nains et l’humain durent unir leurs forces pour parvenir à soulever de quelques centimètres les lourdes cages et rejoindre enfin leurs compagnons. Revenus une nouvelle fois au croisement, ils décidèrent de s’engager dans le couloir menant vers le sud. Malheureusement, seules des latrines abandonnées les attendaient : la voie était ici sans issue.

« Je crois que nous allons devoir aller une nouvelle fois à la rencontre de nos amis rongeurs, mais à présent nous allons jouer d’astuce » se voulut rassurant Jervan.

Effectivement, revenus dans le charnier qu’ils avaient découvert dans le couloir nord, le prêtre nain prononça une prière silencieuse qui apaisa immédiatement les deux énormes rats : ces derniers les regardaient désormais avec une simple lueur de curiosité dans leurs petits yeux rouges. Mais cela ne suffit pas à Roberto qui se lança vers eux brandissant sa courte dague. Celle-ci décrit malheureusement un arc-de-cercle disproportionné avant de se briser entre deux pierres. Une confrontation était désormais inévitable. Agressés, les deux rats géants s’élancèrent contre les compagnons, suivis d’une horde de rongeurs. Jervan et Roberto qui se trouvaient en première ligne furent les premiers à être blessés par leurs innombrables ennemis, lesquels ne laissaient aucun répit aux combattants. Certes les armes des aventuriers faisaient un carnage, mais c’était sans compter les hordes de rats qui venaient rejoindre les rangs de leurs congénères pour remplacer les victimes tombées sous les coups des compagnons.

« Nous ne pourrons pas résister longtemps ! » cria Roberto qui, incapable d’éviter leurs griffures et leurs morsures incessantes, commençait à reculer lentement.

Jervan, ne voulant pas céder au désespoir, s’adressa de nouveau à son dieu. Rempli de force divine, il lança alors un cri guttural qui vint rompre le silence des couloirs autour d’eux, un cri reconnaissable entre tous : le cri des ankhegs. Stupéfaits pendant quelques secondes, les rats se dispersèrent soudainement, effrayés.

Quelques longues minutes s’écoulèrent avant que l’un des compagnons ne puisse reprendre la parole. Tous étaient essoufflés et affaiblis par l’ardeur de la bataille et les mille blessures infligées par les dents acérées des rats.

Premier à se mettre debout, Roland commença à inspecter les cadavres humains qui avaient été abandonnés dans la pièce et sur lesquels les rats festoyaient depuis des heures. Certains marques attirèrent son attention : ça et là, des bouts de peau révélaient des scarifications rituelles. Leurs gorges avaient été méthodiquement tranchées.

« Des victimes d’un sacrifice » conclut Roland avant d’être rejoint par Quarion.

« Etrange. Effectivement, ces personnes ont été sacrifiées mais après que l’on ait gravé dans leur chair un symbole élémentaire : l’élément de la terre, pour être exacts. C’est la deuxième fois en quelques jours que nous rencontrons des signes qui nous renvoient à la magie élémentaire. Maintenant des preuves de leurs cultes. Que se passe-t-il dans cette région ? »

La frayeur passée, Roberto s’intéressait, pour sa part, aux carcasses des rats tués. Comme un anatomiste expérimenté, il commença à ouvrir de manière systématique les petits corps. « Ah ha ! » siffla-t-il alors qu’il extrayait un doigt orné encore d’un anneau doré. « L’ami, penses-tu qu’il puisse être magique ? » dit l’halfelin avant de tendre sa trouvaille à son compagnon elfe. Quarion examina scrupuleusement l’objet mais il n’eut pas besoin du secours d’un sort pour conclure rapidement que l’anneau était bien en or mais totalement dépourvu de pouvoirs magiques.

Allongé de côté et affaibli, Jervan sortit de son sac-à-dos une petite fiole violette et en absorba rapidement le contenu. Immédiatement il en ressentit les effets bénéfiques : toutes ses blessures superficielles disparurent d’un seul coup.

La pièce ne présentant plus rien digne d’intérêt, les compagnons décidèrent de poursuivre leur chemin. Derrière les cadavres, ils avaient pu en effet remarquer qu’un nouveau couloir s’enfonçait dans l’obscurité. Il débouchait dans une deuxième pièce carrée. Au centre de celle-ci, un rocher noir plat, large un pied environ, flottait à environ trois pieds du sol.

« Ces couloirs nous réservent décidément de plus en plus de surprises ! » commenta Dorin. « Qu’est-ce que cela veut dire ? ».

Quarion s’approcha du rocher et l’examina attentivement : il reconnut les manifestations d’une magie puissante.

« A l’évidence la roche a été enchantée pour flotter et permettre ainsi son utilisation comme plate-forme de transport. Il devait y avoir de lourdes charges à déplacer dans ces couloirs pour se donner autant de mal : le sort a été jeté pour qu’il ait un effet permanent » conclut le jeune elfe.

« Ces énigmes trouveront peut-être une réponse plus loin » lança flegmatique Roland.

Ils continuèrent donc de s’avancer dans le tunnel qui, après divers détours, débouchait sur une grande pièce carrée, large environ cinquante pas. Comme les précédentes, elle avait été totalement creusée dans la roche vive. Le sol était brut mais plat et les murs montraient encore les marques des coups des pioches de ses bâtisseurs. Le plafond s’élevait à plus de dix pieds. Une porte en pierre fermait le passage par lequel ils venaient d’arriver. Des portes identiques se trouvaient à l’est et à l’ouest.

Une statue avait été érigée au centre de la pièce, la statue en taille réelle d’un nain en armes. Son armure, son heaume et les grandes bottes qu’il chaussait avaient été toutes finement ciselées dans la pierre. Son bras gauche était adorné d’un lourd bouclier et sa main droite se reposait sur une hache de guerre. En l’examinant de plus près, les compagnons purent remarquer que la statue avait été brisée en trois parties : la tête et le haut du torse, le bas du torse et les jambes. Ces pièces avaient été réassemblées et tenaient debout grâce à une légère structure en bois. A ses pieds, un écriteau indiquait en runes naines :

Etoiledacier, nain pétrifié
retrouvé en 1459 RR dans la carrière Ouest de Rougemélèze
brisé

Près de l’écriteau, un poignard gisait au milieu de quelques agates et de deux pierres de lune. De nombreuses pièces de menue monnaie avaient été laissées en offrande. Jervan se baissa pour ramasser le poignard : un rapide examen lui permit de conclure qu’il s’agissait de l’arme utilisée pour égorger les victimes du charnier. Du sang séché se trouvait encore sur la lame et le nom « Reszur » avait été gravé sur le pommeau.

« Un nom nain pour une arme exceptionnelle » déclara alors Jervan avant de chuchoter : « Reszur ». Soudainement la lame émit une faible lumière froide, éclairant dans un rayon de dix pas. Lorsque le nain prononça à nouveau son nom, la lame s’éteignit.

« Le mystère ne fait que s’épaissir : continuons » dit Roland.

A l’est, un passage – large et haut et dix pieds – avait été creusé dans la roche. Il se poursuivait quarante pieds environs. Les compagnons s’avancèrent en veillant à ne pas faire de bruit car une lumière douce était perceptible plus loin. Effectivement, une petite lanterne pendait d’un crochet fixé au mur à côté d’une porte à l’extrémité du couloir. Assis sur un tabouret en bois, un vieil homme chauve et sans barbe paraissait assoupi. Il portait un vêtement de travail et serrait dans ses mains une canne usée.

Heureux d’avoir enfin un ennemi humain à affronter, Roberto s’approcha du vieil homme et plaqua sa dague la plus aiguisée sous sa gorge.

« Grand-père, c’est l’heure de se réveiller ! » dit-il d’un ton menaçant.

Sursautant, le vieil homme faillit s’étrangler en se découvrant entouré d’intrus.

« Laissez-moi ! Que voulez-vous ? Vous ne devriez pas être là… vous allez déranger les Creuseurs et attirer sur notre village leur colère ! »

« Je crois que vous n’êtes pas en position de nous dire où nous devrions nous trouver, grand-père » rétorqua sèchement Roberto.

« Pourquoi montez-vous la garde devant cette porte, vieil homme ? » s’enquit Quarion.

« Moi, Baragustas Harbuckler, je fais partie des Croyants, et il est de notre devoir de veiller à ce que les Creuseurs ne soient pas dérangés… je ne puis vous en dire plus ».

Cela en était trop : Roberto trancha nettement la gorge du vieillard avant de laisser retomber sa tête chauve sur ses épaules.

Mais Jervan s’élança immédiatement à son secours et s’en appelant à la miséricorde de son dieu, parvint à stabiliser Baragustas avant qu’il n’expire. Celui-ci rouvrit enfin les yeux, et l’on pouvait à présent y lire une terreur pure.

« Laissez-moi ! Partez enfin ou abandonnez-moi aux Creuseurs ! » dit-il d’une voix stridule.

« Cesse de te lamenter, vieille canaille » rétorqua Roberto « ou je vais t’ouvrir une nouvelle bouche. On verra si mon ami nain parviendra à te sauver encore ».

Comprenant qu’il n’avait plus aucun espoir, Baragustas se mit alors à se lamenter de façon inintelligible, tandis que son esprit errait à la lisière d’abîmes insondables.

« Ce sont ces mêmes Creuseurs qui vous ont enjoint de sacrifier des victimes humaines en leur honneur ? » demanda Roland qui n’avait pas oublié le sinistre spectacle à quelques centaines de pas.

« Des sacrifices… je ne comprends pas… non… je ne suis au courant de rien. Je suis un Croyant et comme les autres Croyants je crois en ce que les pierres mouvantes nous disent. Mais des sacrifices… oh ça non… jamais nous n’aurions pu ». Les protestations du vieil homme ne paraissaient pas pourtant totalement sincères.

Aussi, Dorin ne lui octroya-t-il aucun répit : « Quelles pierres mouvantes ? ».

« Les pierres des Creuseurs, enfin. Elles se trouvent dans la pièce que je garde, la dernière de ce mausolée bâti par les Creuseurs pour assurer à nos terres balafrées l’ordre et la prospérité. De temps en temps, les pierres changent de position lorsque personne ne les observe. C’est ainsi qu’elles s’adressent à nous, et qu’elles nous guident. Elles nous alertent contre un péril immédiat ou encore nous mettent en garde lorsque nous faisons de mauvais choix ».

« Fort bien, nous allons rendre visite à ces Creuseurs alors. Nous sommes certains qu’ils témoigneront à notre curiosité toute leur bienveillance » conclut Jervan.

« Non ! N’y allez pas enfin ! Les prêtres de la terre qui nous ont appris à interpréter leurs signes nous ont mis en garde… »

Mais la voix de Jervan ne tolérait aucune réplique. Il bénit donc le vieil homme et s’avança dans la dernière pièce avec ses compagnons.

Ebahis, ils découvrirent une énorme caverne dont le plafond culminait à plus de 20 pieds au-dessus de leurs têtes. Une lanterne allumée gisait sur le sol, au centre de la pièce. Autour d’elle, des monolithes en pierre étaient disposés sans règle ou proportion apparente : certains étaient isolés, d’autres avaient été arrangés par groupes de trois pour former des arches. Des niches mortuaires en roche étaient disposées contre les parois, chacune contenant les ossements d’un humanoïde, habillé de tissus déchirés et portant des armes rouillées.

« Voilà enfin les pierres mouvantes qui paraissent être au centre des événements récents de Rougemélèze » s’exclama Roland.

Mais ses paroles furent vite coupées par l’arrivée de six hommes en armes.

« Bien, bien… Nous sommes les Porteurs d’Infortune et nous sommes ici pour récompenser votre curiosité ! », lança celui qui paraissait être leur chef avant de projeter son marteau de guerre contre la nuque de Dorin.

Alors que les compagnons prenaient conscience du piège dans lequel ils s’étaient dirigés involontairement, ils virent se lever un homme en robe qui était demeuré jusque là tapi derrière l’une des pierres mouvantes. Debout, il sortit de sa poche divers composants avant de commencer une incantation.

La terre se mit alors à trembler progressivement jusqu’à ce que les compagnons ne soient plus en mesure de rester debout.

Mais voulant profiter jusqu’au bout de l’avantage dont il disposait, leur adversaire lança contre eux un sort de ralentissement avant de commencer à escalader les parois de la caverne avec l’aisance d’une araignée de l’Outreterre.

L’affrontement commença, désordonné et brutal comme toute bataille où la vie des protagonistes est en jeu.

Après s’être repris de leurs surprise, Jervan et Quarion décidèrent de concentrer leur attention sur le lanceur de sorts. Le premier l’immobilisa grâce à une prière silencieuse, tandis que le deuxième lui assena la morsure brûlante de plusieurs carreaux magiques.

De son côté, la hache de Dorin proclamait dans une chanson de mort : la petite taille du nain lui permettait de se faufiler parmi les pierres et de torturer les chairs des jambes des assaillants, puis de se mettre à couvert pour échapper à leurs ripostes. Mais dans un dernier assaut victorieux, Dorin vit avec horreur le bout de son arme se détacher pour retomber lourdement près de l’entrée de la caverne.

Malheureusement, les compagnons n’étaient pas au bout de leurs déconvenues. Peu après ce fut le tour de l’arme de Roland de se briser en deux : le jeune guerrier parvint heureusement à occuper son adversaire pendant qu’il changeait de main pour extraire son épée.

Après quelques minutes seulement trois bandits et le lanceur de sorts étaient encore capables de se battre.

Cependant, même acculés, ils n’entendaient pas à l’évidence se rendre, comme le montra la dernière attaque désespérée du prêtre qui plongea sa dague dans le côtes de Roberto. Blessé à mort, le roublard s’affaissa contre l’un des monolithes en émettant un gargouillis révoltant.

Enhardis par la mésaventure de leur ami, les compagnons se jetèrent contre les pierres et parvinrent à écraser deux brigands. Pendant ce temps-là, Jervan priait encore avec la force du désespoir : un flot d’énergie pure partit de ses mains et frappa de plein fouet le prêtre qui s’écroula mort.

Immédiatement, tous les compagnons se ruèrent au chevet de Roberto. Imposant ses mains sur le petit corps du halfelin, Jervan le stabilisa. Sa respiration demeurait faible mais ses jours n’étaient plus en danger.

Le nain se tourna alors vers le prêtre qui leur avait tendu l’embuscade ayant failli coûter la vie à leur ami. Murmurant des prières connues seulement dans quelques cercles monastiques, il ramena à la vie l’homme qui les dévisagea surpris.

« Qui es-tu et pourquoi te terres-tu ici bas ? » lui demanda Roland. « Sache que si tu ne parles pas, nous sommes prêts à transformer ta vie en un enfer… » dit-il d’un ton mauvais que ses amis ne lui connaissaient pas.

« Larrakh n’a pas à répondre à vos questions… car il sert le Maître … et seul le Maître peut lui demander des comptes… ». Il fit une pause pour reprendre son souffle.

« J’aurais pu faire de ce village une offrande pure au Maître… mais si cela ne se peut, alors je lui offre ma vulgaire vie » conclut-il avant d’avaler une capsule de poison cachée dans sa bouche. Son corps fut rapidement pris de spasmes et il s’effondra au sol tandis qu’un liquide bleuâtre sortait de ses lèvres.

Seul le dernier brigand pouvait expliquer ce qui se tramait dans les profondeurs de Rougemélèze. Mais ne lui prêtant pas beaucoup d’attention immédiatement, Quarion commença à examiner les pierres qui se trouvaient dans la caverne.

« Nul oracle ici mes amis. Le sol tout entier de cette caverne a été enchanté pour soulever les pierres qui s’y trouvent. Ce sort a perdu beaucoup de sa puissance mais elle suffit pour que tout mouvement tellurique permette le déplacement des monolithes que nous avons devant nos yeux. Voilà pourquoi les pierres se déplacent et voilà comment les Croyants ont pu être manipulés ».

Dorin se tourna enfin vers le brigand qui gisait ligoté contre l’un des murs de la pièce.

« Tu es le dernier et tu as pu constater que votre chef n’a pas survécu à sa rencontre avec nous. Parle à présent ».

Mais le brigand s’enferma dans un mutisme inébranlable.

Les compagnons décidèrent alors de le livrer à la justice des habitants de Rougemélèze et repartirent vers la surface non sans emporter avec eux les quatre barres de métal que cachait la dépouille du prêtre, des barres frappées du sceau de Mirabar comme le reconnut immédiatement Roberto.

« Il est écrit que la lumière se fera dans les ténèbres » songea Quarion.

Revenus à la surface, les compagnons furent accueillies par les villageois qui étaient demeurés autour de la crevasse. Jervan leur expliqua rapidement la situation. Des cris de colère s’élevèrent lorsqu’ils découvrirent la conspiration des Croyants, une conspiration d’autant plus choquante qu’elle mettait en cause des membres respectables de leur communauté. Comment ces personnes avaient-elles comploter sans que personne ne s’en aperçoive ? Et tous les Croyants avaient-ils été désormais identifiés ? Un mal nouveau commença à s’emparer des coeurs et des esprits des habitants de Rougemélèze : la suspicion.

Comprenant les fantasmes que le récit des compagnons avait suscités, Jervan tenta de prôner une nécessaire réconciliation. Sans être tous nécessairement convaincus, les rougemélèziens se dispersèrent petit à petit, et la paix revint, au moins pour un temps dans la petite cité des collines Sumber.

Le jour suivant chaque compagnon partit assez tôt de l’auberge où ils logeaient pour vaquer à ses occupations. Pour sa part, Quarion se dirigea d’un pas assuré vers le Temple de toutes les Fois. Dans le lieu de prière, Garael l’attendait souriante alors qu’elle était en train de vérifier les encensoirs qui seraient utilisés le jour suivant pour une cérémonie de bénédiction des récoltes.

« Il semblerait que votre escapade souterraine vous ait valu des surprises et de nombreux ennemis, Quarion » commenta la jeune elfe d’un air faussement malicieux.

Le magicien la dévisagea amusé : les visites qu’ils rendait à Garael étaient de plus en plus agréables. La franchise et les plaisanteries de la prêtresse ne le décontenançaient plus.

« C’est vrai. Et pourtant le sens de ce qui se passe dans cette région nous échappe toujours. De la magie élémentaire, des prêtres se disant les émissaires de la terre mais qui manipulent la petite bourgeoisie d’une bourgade sans histoire … les indices se multiplient mais l’image d’ensemble se dérobe malgré tout ».

« Parfois, pour que les choses prennent du sens il faut de la hauteur ! » se moqua-t-elle. « Vous devriez vous rendre à la Spirale de Ventplume, une sorte de tour qui est occupée par des aristocrates d’Eauprofonde et des alentours. Ils se disent passionnés de montures ailées : ils élèvent toutes sortes d’animaux qu’ils dressent. En cette période, ils survolent régulièrement la région… ils ont peut-être pu apercevoir quelque chose lors de leurs nombreuses excursions ».

Quarion se fit alors expliquer précisément où était situé Ventplume pour en discuter plus tard avec ses amis. Mais à la différence des autres fois, il ne prit pas congé immédiatement, préférant profiter encore jusqu’au soir de la compagnie de la délicieuse elfe.

Le jour suivant les compagnons étaient résolus à étendre leurs investigations, à commencer par la Spirale de Ventplume évoquée par Soeur Garael. Après avoir emballé leur équipement et quelques provisions, ils se dirigèrent donc fièrement vers les montagnes à l’est de Rougemélèze. Malheureusement la Spirale ne se trouvait pas directement sur l’une des routes marchandes qui partaient de la bourgade et ils durent assez rapidement s’aventurer sur des chemins escarpés. Le soleil devenait de plus en plus oppressant lorsqu’ils aperçurent enfin la tour se détacher au loin, surplombant la Vallée des Soupirs. Des courants d’air brutaux s’échappaient périodiquement alors qu’ils s’approchaient du fier pilier en pierres taillées, le plus élevé des alentours. De plus près, ils purent constater que les façades avaient été toute revêtue de marbre, de sorte que la Spirale paraissait être une véritable épée perçant les cieux céruléens.

L’entrée de la Spirale se faisait par un pont levier situé du côté opposé à leur point d’arrivée. De grandes et larges fenêtres avaient été construites au niveau du rez-de chaussée. Les fondations de la tour comportaient enfin un cercle de grandes étables ouvertes, comportant au-dessus de chaque entrée un bas-relief représentant un hippogriffe en vol.

Après une rapide discussion, les compagnons décidèrent de se présenter ouvertement à l’entrée plutôt que d’approcher la spirale furtivement. Ils s’engagèrent donc sur l’étroit chemin conduisant au pont levier. Arrivés au-dessus du fossé, ils purent constater qu’une  cloche en airain avait été placée pour permettre aux visiteurs de s’annoncer. Après l’avoir faite retentir, ils virent une petite fenêtre près du pont s’ouvrir.

Une jolie jeune femme les accueillit aimablement : « Chers voyageurs, je suis Savra Belabranta, membre de la Confrérie de Ventplume. Notre  Spirale, comme aiment l’appeler les habitants des alentours, est ouverte à tous les passionnés d’aéronautique. Vous devez être harassés par la chaleur et l’épuisement. Puis-je vous offrir notre hospitalité ? ».

Un tel accueil était inespérée et les compagnons acceptèrent de bonne grâce la proposition de leur hôte. Ils purent ainsi accéder à la tour sans encombre. L’entrée se faisait par un grand hall long trente pas, revêtu aussi de marbre blanc et conduisant à deux portes massives hautes chacune douze pieds. Un aigle en bois sculpté trônait fièrement au-dessus d’eux, accroché par une lourde chaîne au plafond. Ses ailes en métal se mouvaient doucement accompagnant les oscillations de la tête de l’animal artificiel.

Savra se dirigea d’un pas assuré vers l’escalier en colimaçon au centre de la tour et commença à monter vers le niveaux supérieurs.

Au deuxième étage se trouvait le grand hall, une pièce occupant la moitié de la construction. De très grandes tapisseries ornaient les murs entre ses très larges fenêtres, toutes décrivant des scènes de chevaliers héroïques volant sur des hippogriffes, combattant des dragons ou encore se battant en duel au milieu des nuages. Les autres murs du hall étaient recouverts de trophées : des griffons, des wyvernes, des gobelours ou encore des manticores. Un buffet succulent venait d’être servi sur la longue table courbée occupant la pièce.

Mais leur guide ne s’arrêta pas là et poursuivit l’ascension. Après avoir dépassé les chambre du troisième niveau, les compagnons arrivèrent enfin au sommet de la tour.

Le commandeur de la Confrérie de Ventplume les y attendait. Derrière lui, la vue sur les montagnes et vallées environnantes était imprenable.

« Bienvenue à la Spirale de Ventuplume, lieu de retraite de la Confrérie de Ventplume. Je suis Thurl Merosska, le seigneur commandeur » dit-il avant de les honorer d’une profonde révérence.

Thurl était un homme de belle carrure, dans sa première cinquantaine. Son armure de plates était ornées de motifs en forme de plume et sa longue cape réhaussaient son allure aristocratique.

« Nous sommes heureux de vous accueillir et de vous faire partager notre passion » poursuivit Thurl. « De surcroît, votre venue tombe à pic car nous nous apprêtons à rejoindre un festin qui vient d’être servi. Mais vous êtes probablement épuisés : je vous invite à reprendre quelques forces ».

Le seigneur commandeur était d’excellente humeur et répondit à toutes les questions des compagnons concernant la création de la Confrérie et la construction de la Spirale.

Jervan profita de l’occasion pour demander une faveur spéciale : « Seigneur, je suis fasciné par les montures magnifiques que vous avez dressées et que j’ai pu apercevoir dans les étables de votre tour. Pourrais-je solliciter l’honneur de voler avec l’une d’entre elles ? ».

« Naturellement, mon jeune ami. Notre passion est dévorante mais nous aimons une seule chose autant que l’aéronautique, c’est de partager notre passion avec tous ceux qui manifestent un intérêt à nos activités. Je vous en fais le serment : vous pourrez voler avec l’une de nos montures ».

Tous rejoignirent enfin le festin qui attendait dans le grand hall du deuxième étage. Les membres de la confrérie étaient au grand complet autour des plats succulents et des fruits exotiques qui venaient d’être servis. Tous portaient des vêtements ornés de représentations de montures volantes même si aucun ne paraissait aussi raffiné que le seigneur commandeur lui-même.

Moins impressionné que ses compagnons, Roland se hasarda à interroger plus directement Thurl Merosska en rejoignant la table : « Seigneur, cet accueil nous honore et réchauffe nos coeurs tout en apaisant nos membres endoloris. Nous devons cependant vous confesser que notre venue n’est pas tout à fait fortuite. Au cours de ces derniers jours, nous avons été en effet confrontés à des événements fort troublants… »

« Des événements qui paraissent être liés à une forme de magie oubliée, la magie élémentaire » poursuivit Quarion.

Thurl s’adombra alors : « Un mal profond se tapit effectivement dans ces collines » soupira-t-il avant de demeurer silencieux quelques secondes. « Des membres dépravés de cultes oubliés, accompagnés de monstres infâmes. Mais n’évoquons pas de tels sujets avant que le vin n’ait un peu réchauffé notre sang ».

Le seigneur prit donc place au milieu de la tablée et invita les compagnons à rejoindre les chevaliers.

« Chers amis, veuillez nous raconter quelques hauts faits vécus lors de vos dernières aventures dans les collines Sumber. Dites-nous comment nous pouvons aider ».

Les compagnons commencèrent donc à narrer les derniers événements, chaque anecdote étant scandée des applaudissement des chevaliers.

Mais alors qu’ils allaient arriver au moment de leur arrivée à Rougemélèze, les portes du grand hall s’ouvrirent brusquement pour faire entrer une sentinelle.

« Manticore ! Manticore en mouvement ».

A cette annonce, tous les chevaliers de Ventplume se levèrent d’un bond comme s’ils n’avaient formé qu’un seul homme.

« Nous devrions saisir cette opportunité d’occire le monstre » tonna le seigneur commandeur. Retirant de son doigt une grande bague en or, Thurl Merosska poursuivit : « Voici la récompense pour celui qui versera le premier sang ! » avant de s’adresser plus particulièrement aux compagnons. « Venez, rejoignez nos rangs pour cette chasse très spéciale. Je vais désigner quatre d’entre nous qui vous aideront à maîtriser nos montures ».

Les compagnons acceptèrent sans se faire prier la proposition du chef des chevaliers de Ventplume.

Descendus rapidement aux étables, les compagnons se divisèrent en plusieurs groupes et montèrent sur des vautours géants accompagnés chacun d’un chevalier de Ventuplume. Après s’être envolés, ils s’élancèrent dans les canyons autour de la Spirale, sous une lumière lunaire qui donnait aux silhouettes une consistance irréelle.

Ce ne fut pas facile de discerner au loin le manticore. Grâce à sa vision spéciale, Jervan parvint à l’apercevoir après de longues minutes de recherche alors que l’animal se dissimulait derrière le flanc d’une montagne. La chasse put alors commencer véritablement.

Le manticore était à son aise dans un environnement qu’il maîtrisait parfaitement. Plus rapide et plus vif que les vautours, il n’hésitait pas à se jouer de ses poursuivants. Qui était la proie et qui était le chasseur ? Pendant des instants interminables, il eut été très difficile de répondre à une telle question.

Parvenant à se rapprocher enfin du monstre, Dorin décocha l’un de ses carreaux, mais sans succès. Cependant, cela permit à Roland de le repousser vers une zone plus facile à quadriller par les poursuivants.

Quarion fut le premier à frapper le manticore, la récompense serait donc pour lui. Mais quoique blessé, l’énorme animal ne paraissait nullement affaibli, parvenant même à se dérober une nouvelle fois du regard de ses chasseurs.

Quand Roberto put enfin l’apercevoir, Jervan adressa une prière silencieuse pour l’affaiblir, ce qui permit au roublard de le tuer d’un seul carreau. Le manticore s’écrasa contre les rochers.

L’exploit fut salué par la troupe de chasseurs qui descendirent au sol pour récupérer leur trophée.

A leur retour, Thurl les attendait visiblement ravi de l’issue heureuse de cette chasse nocturne.

« J’avais deviné que vous étiez des aventuriers hors norme. Peu auraient pu maîtriser suffisamment les particularités d’un tel vol pour chasser un manticore adulte en pleine nuit… mais je crois que je vous dois quelque chose » ajouta-t-il avant de remettre sa bague entre les mains de Quarion.

« Et ce n’est pas tout. Je vous avais promis que nous vous aiderions dans votre quête et j’entends honorer ma promesse. Venez ».

Il se dirigea alors vers une table sur laquelle était posée une carte détaillée des contrées environnantes.

« Vous voyez cette construction au sud-est de notre tour ? Un monastère s’y trouve, le monastère de la Pierre Sacrée. C’est par là que vous devriez commencer vos recherches. A plusieurs reprises mes hommes ont pu apercevoir des mouvements suspects, surtout la nuit : quelqu’un se donne beaucoup de mal pour cacher ce qui s’y passe… ».

« Seigneur commandeur, pourrions-nous vous demander une dernière faveur ? Vos hommes nous feraient-ils la grâce de nous amener là-bas sur leurs montures ? Cela nous permettrait de rejoindre rapidement le monastère et d’éviter les éventuelles sentinelles placées sur les principales routes » s’enquit Jervan.

« Oui, nous vous y accompagnerons à l’aube. Mais après, mes amis, je dois vous mettre en garde : vous ne pourrez compter que sur vos propres ressources. Si mes craintes sont fondées, je ne veux pas que mes hommes soient pris pour cible par les nouveaux occupants du monastère ».

Alors que le seigneur commandeur s’apprêtait à quitter la pièce, Roberto l’arrêta. « Pour ma part, Seigneur commandeur, j’aurais une ultime requête » dit le roublard, avant de poursuivre « pourrais-je conserver en souvenir les ailes du manticore que nous avons chassé ? ».

Le regard du seigneur commandeur s’adoucit soudainement. « Naturellement mon jeune ami. Mais à la condition que vous puissiez les  emporter vous-même ! ».

Ravi, Roberto se dirigea vers la carcasse du manticore et ramassa les ailes. Leur taille le dépassait complètement et il eut du mal à aligner ne serait-ce que deux pas.

Tous rirent de coeur et il fut donc convenu que l’entier trophée serait gardé par les chevaliers.

Mais le moment de prendre congé était arrivé et les compagnons montèrent à nouveau au sommet de la tour où leurs accompagnateurs les attendaient pour chevaucher leurs montures ailées.

Avec un certain regret, ils s’envolèrent donc vers le lever du jour, là où la silhouette du monastère trônait menaçante.

Une réflexion sur “Les Princes de l’Apocalypse – Episode 2

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