Les Princes de l’Apocalypse – Episode 4

A leur réveil, les Compagnons s’étirèrent douloureusement. Aucun n’avait en fait vraiment bien dormi, craignant d’un moment à l’autre une attaque des sectateurs qui occupaient le Temple de la Pierre Sacrée.
Devant eux, la silhouette de l’immense escalier s’enfonçant dans les profondeurs en direction de Tyar-Besil paraissait toujours aussi menaçante. Une seule pensée les réconfortait : les prisonniers qu’ils avaient libérés dans la mine creusée sous le temple devaient désormais avoir pu rejoindre les routes commerciales. Ils étaient enfin en sécurité.
Debout, et sans proférer de mot, chacun vérifia son matériel et l’emballa soigneusement. Ils étaient prêts pour poursuivre leur exploration.

La descente commença donc. Une descente interminable, ponctuée seulement par la respiration malaisée des cinq amis qui avançaient de plus en plus difficilement dans l’air raréfié et chaud. La lumière de leurs torches semblait menacer de s’éteindre à chaque pas, aspirée par l’obscurité impénétrable qui les écrasait. Où les conduirait leur périple ? Difficile de le savoir tant leur vision était limitée.
Aucun d’entre eux n’aurait été en mesure de quantifier exactement la durée de leur voyage mais les compagnons arrivèrent enfin à un tunnel débouchant devant un pont large dix pas qui s’étirait au-dessus d’un immense gouffre.
« Naturellement, il fallait que les architectes nains qui ont imaginé cette prouesse oublient les balustrades… » cracha Roberto en toisant l’abîme insondable au-dessous d’eux.
« C’est fait exprès » dit d’une voix basse Jervan « nous nous trouvons devant l’entrée d’une forteresse… une formidable forteresse naine à en juger par la conception… ce pont qui zigzague est conçu pour couper l’élan des éventuels envahisseurs. Ni la surprise, ni la force ne peuvent fonctionner dans un tel espace confiné. Je crois que nous nous trouvons devant l’un des avant-postes de Tyer-Besil ».
En reprenant le souffle, chacun sondait le mur formidable qui surplombait le pont. Quelque chose attira l’attention de Quarion, un mouvement à peine perceptible qui aurait échappé aux chasseurs les plus expérimentés.
« On nous surveille » chuchota-t-il en indiquant discrètement deux masses obscures. « Deux gargouilles sont postées ».
Roland et Dorin firent alors signe au roublard, lequel murmura de silencieuses imprécations. Roberto s’avança et se mit à chercher d’éventuels pièges.
« Rien, la voie est libre. Ils doivent se sentir suffisamment en sécurité là-dedans pour ne pas avoir cru nécessaire de piéger le pont ».
Les compagnons sortirent alors tous du tunnel en s’avançant d’un pas assuré, revêtus des masques des moines de la terre qu’ils avaient emmenés avec eux.
Une gargouilla les interrogea d’une voix rocailleuse : « Halte-là ! Qui êtes-vous , vous qui avancez ? ».
Quarion répondit avec aplomb : « Nous servons la Terre Noire ! » mimant avec ses mains un triangle formé de ses deux pouces et de ses deux index.
« Louanges éternelles à la Terre Noire » proclama alors la gargouille avant de se figer à nouveau.

De l’autre côté du pont, le chemin passait sous une grande arcade et s’ouvrait dans une sorte de petite place éclairée par des torches brillantes. L’air était très différent : les lieux étaient à l’évidence alimentés en air frais depuis la surface. Les compagnons s’avancèrent et aperçurent immédiatement les deux portes massives qui se trouvaient à l’opposé. Sorties de leurs gonds, la première tenait à peine debout alors que la deuxième gisait au sol. Quoique leur surface fût désormais usée par les siècles, il était encore possible de percevoir les bas-reliefs qui les ornaient : des scènes pastorales représentant des champs de blé.
« Une construction formidable, ébranlée visiblement par un tremblement de terre » constata Dorin en regardant autour de lui.
« Mais qui peut encore donner du fil à retordre » lui fit remarquer Roland en pointant les meurtrières placées de chaque côté. « Si notre ruse n’avait pas marché avec les gargouilles, ici, nous aurions été faits comme des rats ».
Ils enjambèrent la porte gisant au sol et découvrirent ce qui devait être autrefois un magnifique hall, surplombé d’un plafond à plusieurs dizaines de pas du sol. Sous leurs pieds, des motifs complexes avaient été obtenus en arrangeant les couleurs des marbres les plus raffinés. Sur les murs des fresques vivaces représentaient des fermes prospères. Mais les années avaient profondément défiguré la conception initiale de la pièce : des fissures étaient visibles partout et certaines parties de la maçonnerie s’étaient même écroulées.
« Une démonstration de puissance et de raffinement pour les visiteurs d’autrefois » murmura Jervan en scrutant les passages se dirigeant vers d’autres parties du bastion à l’est et à l’ouest avant de concentrer son regard sur le centre du hall où un petit foyer avait été installé. Quatre hobgobelins campaient là, placés visiblement sous le commandement de l’homme fier qui prodiguait ses soins à une immense créature à côté de lui. Il portait une armure qui paraissait sculptée dans la pierre elle-même, une pierre ressemblant en tout point à la carapace exceptionnelle de l’animal. Celui-ci était long de presque vingt pas. Parfaitement lisse et adaptée à creuser la roche la plus dure, la surface de son museau n’était interrompue que par de petits yeux noirs intelligents.
« Une bulette ! » songea Quarion, reconnaissant l’animal.
Mais ses pensées furent vite interrompues.
« Bien bien, que nous vaut votre visite Abbesse ? Les affaires de votre monastère ne constituent-elles pas une occupation suffisante à vos yeux ? » dit le guerrier d’un ton mauvais, tout en continuant de nettoyer le museau de sa bulette.
La référence à la cécité de l’abbesse était à peine voilée.
« Je n’ai pas de compte à vous rendre » répondit Quarion en imitant tant bien que mal l’attitude hautaine d’Hellenrae. Heureusement, le masque qu’il portait altérait sa voix et la rendait méconnaissable.
Le guerrier se mordit la lèvre, comme pour réprimer la réponse qu’il avait sur la pointe de la langue.
« C’est bon, vous pouvez passer » souffla-t-il enfin tout en faisant signe aux hobgobelins de laisser passer le groupe.

Veillant à ne pas paraître trop empressés, les compagnons sortirent du hall et s’engagèrent dans un long couloir. Il s’arrêtèrent devant la première porte se trouvant à leur gauche. Elle était aussi sculptée et représentait un guerrier nain en armure de plates  mais dont les mains étaient curieusement remplacées par des massues.
Collant son oreille, Roberto écouta avec attention. « Rien de spécial, je n’entends qu’un bruit de gargouillement, comme si l’on faisait bouillir quelque chose ».
Dorin haussa les épaules. Les autres compagnons firent signe au halfelin d’ouvrir la porte.
Pour garder un effet de surprise, Roberto s’attela à la tâche avec beaucoup de précaution. Quelques minutes après la serrure céda sans faire de bruit et la porte s’ouvrit lentement, révélant la pièce qui se trouvait derrière elle.
De grandes statues en pierre semblables au bas-relief de la porte se trouvaient le long des murs. Elles représentaient des guerriers nains mais tous armés de massues à la place des mains. Au centre de la pièce, des tubes de toutes les dimensions avaient été installés et un bouillonnement incessant émanait de divers récipients contenant des substances phosphorescentes.
« Cela ne peut être ! » s’étrangla Jervan en reculant pour se fondre dans l’obscurité.
« Parle, mon ami » le poussa Roland, devinant le trouble du prêtre.
Jervan se ressaisit.
« La légende raconte que lors de la construction de Tyer-Besil, les peuples nains furent attaqués par une immense horde d’orcs. La forteresse n’était pas encore achevée et ses capacités défensives demeuraient insuffisantes. Malgré la résistance farouche opposée par les nains, il ne faisait plus de doute que la citadelle finirait par tomber. Dans un dernier geste désespéré, les plus vaillants parmi les jeunes guerriers de Tyer-Besil acceptèrent de donner leur vie en contrepartie du pouvoir de contrôler des statues animées par la magie. Indestructibles et infatigables, ces statues allaient constituer la dernière ligne de défense de la cité.
Inutile de dire que grâce à ce sacrifice, les orcs furent balayés et que Tyer-Besil put être achevée. Un sang innocent versé pour permettre une ère de prospérité ».
« Une belle histoire, assurément » conclut Roberto.
« Je croyais aussi que c’était une histoire… jusqu’à ce que je ne vois les statues qui se trouvent dans cette pièce. Elles correspondent en tout point à la description transmise dans notre tradition » le rabroua le nain.
Mais le halfelin ne l’écoutait déjà plus. Les propos de Jervan avaient excité la curiosité de Roberto et le petit-homme, ignorant les regards réprobateurs de ses amis, s’apprêtait à pénétrer furtivement dans le laboratoire alchimique.
Il se fondit dans les ombres et il put rapidement se glisser sous l’une des tables sur lesquelles les équipements avaient été posés. Il put ainsi étudier l’autre partie de la pièce qui se trouvait occultée par le battant de la porte d’entrée. Un humanoïde était affairé : compulsant nerveusement divers ouvrages, il manipulait avec soin des cristaux qu’il essayait d’agencer à l’intérieur du torse de l’une des statues de Tyer-Besil. Sa carrure était impressionnante et sa musculature témoignait d’une exceptionnelle vivacité. Mais le plus étrange était la couleur de sa peau : Roberto n’en avait jamais vue de pareille. A dominante ocre, elle paraissait changer légèrement de tonalité sous les lumières dansantes des torches éclairant le laboratoire.

Cependant, l’attention du halfelin fut rapidement attirée par une vision irrésistible : posé sous l’une des tables de travail, un coffre était placé là pour susciter toutes les convoitises. Il s’approcha donc lentement pour vérifier s’il était fermé à clef. C’était malheureusement le cas et il ne put réprimer un geste de frustration. Sortant ses outils tout en essayant de se fondre dans les ombres de la pièce, il se mit à examiner calmement la serrure. Il devrait pouvoir la crocheter mais la nécessité de ne pas alerter le sectateur présent dans la pièce compliquait sérieusement la tâche.
Totalement absorbé dans ce qu’il faisait, le halfelin ne remarqua que trop tard l’outil qui tomba à terre avec un bruit cristallin.
L’humanoïde sursauta mais Quarion ne lui laissa pas le temps de vérifier la provenance du bruit qu’il venait d’entendre. D’un pas assuré, il entra dans la pièce et s’avança jusqu’à pouvoir apercevoir son occupant.
“Un genasi !” pensa-t-il en se mordant la lèvre. Les traits de l’être qui se trouvait devant lui ne laissaient aucun doute : il était le descendant de l’union d’un humain et d’un élémental, un élémental de la terre si l’on considérait sa couleur de peau.
« Vous n’avez plus que deux jours pour terminer vos travaux ! ».
“Vous pouvez dire à notre prophète que les recherches du sorcier de boue avancent à grands pas, je ne le décevrai pas”.
“Je n’en doute pas” répondit avec un ton ambigu le jeune elfe.

Pendant cet échange, Roberto n’avait pas perdu de vue son objectif.
« Je résiste à tout, sauf à la tentation ! » murmura le halfelin.
Il avait pu se rapprocher du coffre et, constatant qu’il ne pourrait jamais le soulever directement, il avait posé sur le sol diverses bandelettes imprégnées de graisse. Profitant de la diversion offerte par Quarion, il put donc faire glisser le coffre jusqu’à la sortie de la pièce.
Il fit alors sauter fébrilement la serrure du coffre.
“De l’or !” dit-il en sortant avidement les pièces qui se trouvaient à l’intérieur du coffre de l’alchimiste. Outre ces pièces d’or, il trouva diverses pierres noires, en tout point semblables à celles qu’il avait pu apercevoir dans le laboratoire et sur lesquelles travaillait le genasi.
“Il ne faut pas tarder ici” le pressa cependant Dorin.
Roberto claqua alors le couvercle du coffre et tenta de le refermer à clef, sans succès.
“J’ai dû abîmer le mécanisme…” pensa-t-il. Mais déjà Quarion avait pris le coffre qu’il avait posé devant la porte d’accès au laboratoire alchimique et y avait posé un message qui devrait occuper pendant un peu de temps le genasi.

Ils se dirigèrent alors tous vers le Sud jusqu’à arriver à un immense hall. A l’évidence, un mouvement tellurique avait dévasté cette partie de la cité de nombreux siècles auparavant : une crevasse large et profonde séparait désormais en deux la chambre et des piliers constituaient des sortes de passerelles connectant les deux parties. De l’autre côté de la crevasse, les compagnons pouvaient apercevoir six énormes piliers auxquels étaient attachées de lourdes chaînes en acier. Trois bulettes stationnaient ici, dans ce qui avait aménagé comme une étable. Cependant aucun sectateur n’était visible.
Quarion prit immédiatement la direction des opérations : “Sortez tous vos cordes !”. Puis, se concentrant, il lança sur lui-même un sort de lévitation pour se rendre de l’autre côté du gouffre et fixer la corde qui permettrait à ses amis de franchir l’obstacle sans encombre.
Il fit alors signe aux autres compagnons qui s’engagèrent un par an sur la corde. La traversée était difficile et il fallait faire vite mais ils réussirent à dépasser sans dommage la moitié du gouffre quant, soudainement, Jervan lâcha la corde. Roland était heureusement posté derrière lui : il rattrapa immédiatement son camarade et, fournissant un effort surhumain il parvint à le hisser à nouveau. Le reste de la traversé se déroula sans incident.
Réunis de l’autre côté du hall, ils se dirigèrent vers les bulettes qui les observaient nerveuses.
Fixant calmement la première et lui présentant sa main avec le pouce et l’auriculaire écarté, Jervan commença à entonner un chant monotone. Très rapidement il sentit que sa prière produisait ses effets : la respiration de la bulette ralentit progressivement et il vit enfin l’animal poser ses genoux à terre.
Quarion et Roberto aussi s’avancèrent. Le jeune elfe, prenant exemple sur Jervan, tenta aussi d’amadouer la monture mais n’arriva à pas se faire obéir d’elle. Roberto eut plus de succès et la troisième bulette se mit à lui lécher vigoureusement la main.

De son côté Dorin étudiait l’étroit couloir qui s’enfonçait depuis le sud dans un tunnel creusé dans la roche.
“L’air est différent ici !” dit-il à ses amis “il doit s’agir d’une connexion directe à une autre section de la ville perdue”.
“Avant de nous avancer par là, nous devons veiller à neutraliser nos adversaires ici, sous peine de les retrouver prêts à nous frapper dans le dos lorsque nous aurons franchi les secteurs les plus isolés” remarqua Roland.
Quarion opina de la tête et s’avança sur sa gauche.
Ce couloir se poursuivait pendant environ douze pas et menait à une porte en bois à deux vantaux sur laquelle des messages avaient été peints en caractères grossiers :

“PIESSE DE NORBS. DEHORS BROOG”
“PIESSE DE BROOG. NORBS ET UN IDIO”.

“Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?” pensa le jeune elfe, sans que cette interrogation ne le conduise aucunement à faire preuve d’une plus grande prudence. Sans hésitation, il ouvrit la porte.

Avec un bruit grinçant, la porte pivota pour révéler une pièce où s’entassaient des ordures, des restes de mobilier ou encore des ossements. Le tout formait un monticule indescriptible. Il devait s’agir autrefois d’une cuisine ou peut-être d’une boulangerie : des briques rouges étaient encore présentes, même si nombreuses d’entre elles s’étaient désagrégées en une poussière rouge irrégulière.
Cependant, Quarion n’eut pas le temps d’étudier vraiment le reste de la pièce : avec horreur il vit se tourner en sa direction et s’avancer un géant de plus de trois mètres armé d’une massue rudimentaire. Couverte de cicatrices, sa peau était claire et tailladée à de nombreuses endroits. Ses deux têtes le scrutèrent d’un air hébété.
“Inconnu ! Broog voit inconnu !” dit la première tête.
“Norbs tuer petit inconnu !” répondit la seconde.
“Les réunions de famille doivent être fascinantes…” sourit Quarion. Comme l’eau d’un torrent qui dévale les montagnes de l’Epine Dorsale, il se projeta en avant pour esquiver le terrible coup de massue de l’ettin.
Il ne put l’éviter totalement et la violence de l’impact le laissa sonné pendant quelques instants. Heureusement, l’ettin lui-même fut surpris de voir le jeune elfe encore vivant et l’observa quelques instants interloqué, visiblement indécis.
Il se résolut à frapper encore, et cette fois, plus fort.
“Je dois trouver une idée… et vite !” pensa Quarion en roulant sur le côté, à peine à quelques centimètres de l’impact de l’arme de son adversaire qui brisa furieusement la pierre nue au-dessous d’elle. Il savait qu’il pourrait difficilement résister à un troisième assaut : déjà son épaule le lancinait, elle était probablement cassée, et son armure ne résisterait pas face à la force démesurée de l’ettin. Respirant profondément, il trouva en puisant en lui-même le courage de s’adresser d’une voix calme à la créature :
« Norbs, c’est ça ? Ce ne sont pas des manières quand même, recevoir de la sorte un visiteur… mais peut-être que Broog ne vous avait pas annoncé ma venue ? ».
L’ettin se figea, dubitatif.
« Toi inviter petit bonhomme lisse ? » Norbs regarda tour à tour Quarion et Broog.
« Moi invité personne ! » répondit sèchement Broog.
« Toi vouloir faire passer moi pour idiot ? », la voix de Norbs commença à devenir hystérique. « Vouloir faire petite fête tout seul dans belle maison à nous avec petit bonhomme ? ».
« Moi vouloir rien, toi ETRE un idiot Norbs ! » répondit acidement son frère.
Il n’en fallut pas plus pour que Norbs ne laisse tomber à terre la massue et assène une formidable gifle en pleine tête à Broogs. Ce dernier ne manqua de répliquer avec un rapide crochet qui laissa sonné Norbs.
Quarion observait toute la scène, amusé. Vu la violence des coups, la dispute entre les deux frères ne devrait pas s’éterniser.
Effectivement, quelques minutes après, l’ettin gisait à terre, évanoui.
Après avoir vérifié qu’il ne risquait pas de se réveiller, le jeune mage commença à fouiller la pièce. Il nota une fourrure posée dans un coin. Après l’avoir soulevée, il découvrit le trésor de la créature : un monticule de pièces de monnaie ainsi que la statuette d’un éléphant et une paire de bracelets, en or à première vue.
Mais le temps pressait, il rassembla donc les possessions de l’ettin dans un tissu et sortit de la pièce en direction de ses amis.

De leur côte, les compagnons avaient regroupé leurs affaires et se préparaient à poursuivre l’exploration de Tyer-Besil. Ayant compris que les bulettes les ralentiraient, ils se résolurent à les laisser derrière eux, attachées.
Après que Quarion leur eut rapidement raconté les détails de sa dernière rencontre, ils s’avancèrent tous ensemble dans le couloir qui remontait vers le nord. Ils atteignirent ainsi un grand hall où de l’eau remplissait un bassin en marbre de forme rectangulaire. Les murs de la pièce étaient ornés d’une magnifique frise, que les siècles n’avaient pas abîmée. Les sculpteurs nains y avaient représenté délicatement des scènes de chasse, des chevreuils et des ours en liberté. Seule la partie sud-est était très endommagée et la maçonnerie s’était largement effritée.
« Les nains de Tyer-Besil étaient fiers de leur pâturages. Ils ont voulu célébrer ici la beauté et la richesse de leurs domaines de la surface » dit Dorin.
« Mais à quoi servait cette pièce ? » demanda Roberto.
« Ce devait être un lieu de rencontre et de fête » répondit Jervan qui examinait la pièce en promenant ses doigts sur la frise.
« Regardez : un système complexe de tuyaux alimente continuellement en eau fraîche le bassin. C’était sûrement l’une des principales sources de la cité » nota Roland.
« En effet » confirma Dorin.
Pendant que les compagnons admiraient émerveillés le travail des nains, Roberto en profita pour humecter ses lèvres avec la potion qu’il avait trouvée.
« Une potion pour respirer sous l’eau ! » dit le halfelin, après en avoir rapidement identifié le goût.
« Sache que son effet durera six heures : ne te promène donc pas trop loin après l’avoir absorbée ! » le mit en garde Quarion, qui l’observait.

Les compagnons se tournèrent alors vers la porte au Sud du grand hall.
« Le temps presse » dit Roland. « Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre trop de précautions : soit nous arrivons à infliger une lourde défaite au culte qui s’organise ici, et ce immédiatement, soit il vaut mieux remonter à la surface pour essayer de trouver une solution et peut-être regrouper une expédition ».
« Très bien » dit Quarion. « Pour le moment nos déguisements nous ont porté chance. Voyons si la supercherie fonctionnera encore ». Ses amis soupirèrent d’inquiétude mais durent se résoudre à recourir à nouveau à une telle astuce. Le jeune elfe enfila rapidement le masque d’Hellenrae et ouvrit la porte, suivi de ses amis.
Un instrument de torture en bois grossier se trouvait au milieu de la pièce. De lourdes menottes y étaient accrochées et des crochets, des lames et des tenailles étaient posées à proximité, le long du mur. Quatre cages en acier avaient été installées dans une sorte d’alcôve dans la partie Ouest de la salle. A l’intérieur, ils purent apercevoir quatre forme humaines, aux vêtements déchirés et sales. Eprouvés par les tortures subies, leurs regards étaient vides. Deux doubles couchettes avaient été posées près d’un poêle dans la partie Est.
Un officier se tourna en direction de Quarion pendant que les trois sectateurs qui l’assistaient dévisageaient les aventuriers avec curiosité. C’était à l’évidence le bourreau qui avait la responsabilité des lieux.
Il s’humecta les lèvres avec délectation.
« Que m’apportez-vous cette fois Hellenrae ? J’espère qu’ils tiendront un peu plus longtemps que votre dernier présent ! Ces pauvres créatures étaient déjà évanouies avant que je ne commence à faire chauffer un petit peu mes délicieuses tenailles… » dit-il, tout en gratifiant les compagnons d’un sourire carnassier.
Quarion simula de son mieux la voix de l’abbesse : « Je n’ai pas nouveaux sujets pour vous cette fois. Je venais m’enquérir de l’avancement de l’interrogatoire de vos actuels prisonniers ». La voix était posée et ne laissait pas transparaître d’émotion particulière.
« Doutez-vous de Heldorm ? Je crois avoir prouvé à maintes reprises que mes compétences étaient indiscutables en la matière ! ». La colère dans sa voix était à peine voilée.
« Ce n’est pas à moi que vous devez rendre compte, Heldorm, mais à notre prophète ! Lui seul a reçu la bénédiction directement du pouvoir élémentaire ».
La voix de l’elfe dérailla alors qu’il prononçait les dernières syllabes de sa réponse.
« Traîtrise ! » hurla rageusement le bourreau découvrant la supercherie. « Vous n’êtes pas Hellenrae : je reconnaîtrais sa voix de catin frigide dans le vrombissement des coulées de lave du plan élémentaire ! ». Le bourreau s’avança menaçant en direction du magicien en brandissant son épée.
Quarion se concentra et frappa d’un coup élégant avec sa rapière la seule zone qui n’était pas couverte d’armure : sa lame s’enfonça silencieusement dans la gorge de l’homme qui tomba à terre et s’affaissa dans un gargouillis macabre.
« Vite : il ne faut pas que les autres sonnent l’alerte ! » dit Dorin en bloquant l’entrée de la salle.
Jervan se concentra : « Marthammor Duin, j’en appelle à ta puissance ! ». Un flot d’énergie orange émana des mains du prêtre et emprisonna dans sa morsure deux moines de la terre qui ne purent plus bouger.
De son côte Roberto s’était dissimulé dans l’ombre, prêt à saisir sa chance en scrutant attentivement la mêlée.
« Maintenant ! » dit le halfelin, remarquant que l’un des moines encore libre de ses gestes reculait imprudemment dans sa direction. Sa dague brilla dans l’obscurité le temps d’un éclair avant de sectionner la colonne vertébrale de l’homme.
L’assaut était déjà terminé.

Les compagnons se tournèrent alors vers les prisonniers. Dans la première cage se trouvait un homme, plongé dans un état catatonique.
« Que vous est-il arrivé ? » s’enquit Jervan.
Mais l’homme ne répondit pas, se bornant à prononcer des mots incompréhensibles.
« Droth ne répondra pas » dit d’une voix haineuse la femme emprisonnée à ses côtés. Alors qu’elle s’avançait vers les barres de sa cage, ils purent remarquer qu’elle portait les habits des gardes de la Terre noire. « Heldorm s’est bien occupé de lui, peut-être même trop bien. Quand il a vu que c’était simplement un bon à rien, un voyou dont le seul haut fait avait été de travailler pour le culte de la Haine Mugissante, il a compris qu’il n’avait pas à le ménager… tout son savoir-faire y est passé ! » ria-t-elle avant de tourner son regard dans la direction opposée.
Jervan regarda attentivement l’homme. Il avait été lobotomisé, conclut le nain.
« Le culte de la Haine Mugissante ? Quel est donc ce culte ? » poursuivit Jervan.
Mais la femme se tut.
Le nain la relança.
« Pourquoi devrais-je vous répondre ? De toute façon, je sais que vous n’allez pas me faire sortir d’ici ! Je les hais, vous comprenez ? Je les hais ! ».
« Ne vous laissez pas attendrir » dit la jeune naine au visage émacié qui occupait la troisième cage. « Orna est l’une des leurs. L’une des plus cruelles assurément. Si elle partage à présent notre infortune, c’est simplement parce que son indiscipline est encore plus grande que sa cupidité. Elle a frappé un prêtre de la Terre Noire ».
« Et vous, que faites-vous ici ? » demanda Dorin, visiblement intrigué par la présence d’une représentante de sa race.
« Je m’appelle Wulgreda. J’ai joué de malchance : j’ai été capturée par les moines alors que je prospectais les collines des alentours… ».
« Vous prospectiez ? A la recherche de quoi ? ».
« A la recherche du lieu où nous nous trouvons, à la recherche de Tyer-Besil. Mais je ne pensais pas le visiter dans ces conditions, ça non ! ». Ses yeux étaient rouges car elle avait beaucoup pleuré.
Jervan et Dorin se regardèrent : elle disait vrai. D’un regard entendu, ils assénèrent un coup de massue à la serrure de sa cage qui céda aisément.
De son côté, Roberto s’approcha de la quatrième cage. Un demi-elfe s’y trouvait.
« Et vous, on dirait que vous avez vu des jours meilleurs ! » dit le halfelin en le dévisageant. Quoique déchirés, ses habits étaient fabriqués avec une étoffe fine, de celles que l’on trouve sur les étales des meilleurs marchés de la Côte des Epées.
Le prisonnier était visiblement fiévreux mais ils parvint à réorganiser ses idées pour répondre.
« Je m’appelle Gervor. Je faisais partie d’un groupe d’aventuriers qui explorait il y a un mois environ les collines Sumber. Nous avons été attaqués par surprise par les moines de la Terre Noire. Personne n’a survécu, à part moi… ». Il soupira, tentant vainement d’éloigner les souvenirs qui refaisaient surface.
Il essaya de se lever pour s’approcher de la porte de la cage mais il retomba lourdement, lançant un petit cri étouffé.
Les compagnons le libérèrent et Quarion se plaça aux côtés du demi-elfe pour le soigner.
Quelques minutes plus tard, ils purent vérifier que les deux prisonniers qu’ils venaient de relâcher pourraient tenir sur leurs jambes pour les accompagner.

L’attention de Roberto avait déjà été attirée par autre chose : un lourd coffre en bois qui se trouvait dans un coin de la pièce. Ils sortit rapidement tout son attirail de voleur et tenta d’en crocheter la serrure en acier. En vain.
« Bon bourreau, mais aussi bon serrurier ! » cracha le jeune voleur avant de s’avouer vaincu.
Derrière lui, Roland sourit. « Parfois, il ne faut par trop rechercher la finesse ! ». Il se saisit d’une hache : la serrure céda dès le premier coup.
« Il doit s’agir du fruit des larcins de Heldorm. Non content de torturer ses prisonniers, il les détroussait de leurs possessions ».
Le guerrier put en effet constater que le coffre était rempli de pièces d’argent ainsi que d’un petit sachet de tissu contenant six azurites.
« Elles doivent valoir au moins dans les dix pièces d’or chacune ! » estima Roberto avant de fouiller le reste du coffre.
« Mmmm… une armure de plate, une armure de femme… elle ne serait pas à ta taille ? » dit le halfelin en regardant Orna qui observait la scène en silence. Elle se détourna à nouveau.
« Il doit y avoir aussi mon armure » murmura difficilement Gervor « une armure en cuir matelassée, ainsi que mon épée longue ».
C’était le cas.
Quarion de son côté fut intéressé par la baguette qui avait été rangée dans le coffre.
Il la saisit et commença à la sonder.
« C’est une baguette puissante… elle nous sera bien utile… elle permet de lancer le sort de projectile magique. En plus, elle possède encore toutes ses charges. C’est d’autant plus bienvenu que ce type de baguette devient instable lorsque ses charges sont presqu’épuisées ».
« Je pense que nous ne devrions pas rester trop longtemps : nous pourrons admirer nos trouvailles plus tard » dit Dorin, visiblement inquiet.
Ses amis acquiescèrent avant de sortir accompagnés de Wulgreda et Gervor, non sans avoir préalablement entravé Orna pour qu’elle n’attire pas l’attention des moines qui pourraient passer à proximité de la salle de torture.
Roberto ferma à clef la porte. Cela retarderait les éventuels curieux.

Ils se dirigèrent ensemble vers l’Ouest, passant à nouveau à côté du bassin d’alimentation en eau de ce quartier de Tyer-Besil.
« Où aller à présent ? » demanda Dorin.
« Nous n’allons pas casser chaque porte pour voir s’il y a un monstre à terrasser et un trésor à récupérer, n’est-ce pas ? » s’enquit Roland, amusé par l’air interloqué de ses amis face au dilemme.
« Non, mais il vaudrait mieux que nous ne laissions pas des dangers particuliers derrière nous » répondit Jervan.
Le nain s’avança quelques pas, puis posa délicatement ses mains sur la porte fermée qui se trouvait à l’Ouest du grand hall. Il sentit progressivement sa conscience s’éloigner de son corps, passer à travers le bois épais de la menuiserie et, enfin, commencer à explorer la pièce qui se trouvait au-delà.
La chambre était plongée dans l’obscurité. Cependant le don de clairvoyance du prêtre lui permit de distinguer un seul mais épais pilier soutenant une grande voute à caissons. Des morceaux de métal rouillé, des restes provenants d’armures, de boucliers, d’axes ou encore d’épées étaient encore accrochés aux murs ou gisaient par terre, abandonnés depuis longtemps. Des fourrures paraissaient avoir été entreposées plus récemment, à côté d’une pile de chaises brisées et de pieds de table. Ce bois avait été accumulé à dessein, peut-être pour servir de combustible : les restes d’un foyer étaient encore perceptibles.
Son regard continuait de sonder l’obscurité jusqu’à ce qu’il s’arrête sur cinq silhouettes allongées.
« Des ogres ! » dit Jervan. « Ils sont endormis mais visiblement ils ont été placés là pour surveiller une autre entrée que j’ai pu remarquer dans la partie Sud ».
Roberto s’avança, faisant tourner dans ses mains ses outils de voleurs.
« Laissez-moi faire ». L’halfelin s’attela à crocheter la serrure, espérant pouvoir bloquer la porte pour emprisonner les ogres, du moins momentanément.
« Cela ne marche pas… cette serrure est trop abîmée… ».
Quarion posa sa main sur l’épaule du roublard. « Tu as fait de ton mieux. A présent ne nous attardons pas… la chance nous a souri jusqu’ici ».

S’échangeant des regards anxieux, les compagnons se résolurent à continuer leur exploration du secteur. Après avoir replacé leurs masques de sectateurs, ils se tournèrent en direction du long couloir au nord du grand hall. L’endroit était faiblement éclairé mais ils pourraient avancer sans difficulté.
Marchant à pas feutrés, ils arrivèrent ainsi devant une autre grande porte en bois, qui avait attiré leur attention.
« La pièce est occupée » dit Roland tout en aiguisant au maximum ses sens. « Au moins quatre ou cinq personnes… ». Il fit signe à Jervan de s’approcher.
Le nain fit appel à nouveau à son don de clairvoyance.
« C’est une pièce bien rangée. On dirait un dortoir. Il y a… six banquettes… elles ont été placées le long des parois Sud et Est. Je vois aussi une table en bois avec de nombreuses chaises dans la partie Nord. Il y a même une cuisinière avec du bois à brûler au milieu… attendez… j’aperçois aussi une meurtrière. Elle doit permettre de surveiller le couloir ».
Comme un seul homme, tous les compagnons se rangèrent le long du mur, de manière à échapper au champ de vision de la meurtrière.
« Sont-ils nombreux… et armés ? » demanda Dorin.
Jervan se concentra à nouveau.
« Non, je vois… quatre gardes et un homme mince, au visage émacié… un prêtre à en juger à son accoutrement. Deux des gardes ont posé leur armure à côté de leur banquette. On dirait qu’ils dorment. Les autres jouent aux cartes et, de temps en temps, regardent distraitement deux arbalètes qui ont été placées près de la meurtrière ».
« Nous allons jouer d’astuce, un nouvelle fois » dit Quarion, en réajustant le masque qu’il avait pris à l’abbesse Hellenrae.
Il ouvrit la porte avec assurance et pénétra dans la pièce, suivi des autres compagnons qui portaient toujours les habits des moines de la Pierre noire.
« Abbesse… nous attendions les ordres de Marlos… nous ne pensions pas… . Votre visite nous honore ! » balbutia difficilement le prêtre qui s’était levé à l’entrée des visiteurs. Il fut suivi immédiatement des deux gardes qui discutaient jusque là avec lui, lesquels réveillèrent sans ménagement les deux derniers gardes endormis.
Caché par son masque, Quarion demeura immobile.
Jervan prit la parole : « Justement, Marlos vous attend » dit-il d’un ton neutre n’admettant aucune discussion.
Le prêtre opina et fit signe aux hommes sous ses ordres de le suivre.
Quelques minutes à peine furent nécessaire pour que tout le monde soit prêt à se diriger vers le lieu où le prophète de la terre les attendait.

Les compagnons se laissèrent diriger par les sectateurs et après avoir emprunté divers couloirs interminables ils parvinrent à une caverne où trônaient des coulées stalagmitiques et des stalactites. Un bâtiment en pierre était ancré à la paroi Nord et une porte, elle-même en pierre, se trouvait au milieu de la paroi Sud. En arrivant les compagnons purent apercevoir qu’à l’Est la caverne s’ouvrait au dessus d’une crevasse plongée dans une obscurité impénétrable.
Il n’était plus possible de reculer.
Ils se regardèrent lentement : tout autour d’eux, des statues avaient été placées sans ordre apparent.
« As-tu remarqué leurs expressions ? » chuchota Roberto à Jervan.
« Oui… des expressions de surprise, de peur et d’agonie » répondit le nain.
« Je ne crois pas qu’il s’agisse de sculptures » remarqua Quarion avait de se ressaisir. Il avait en effet remarqué à quelques dizaine de pas une silhouette majestueuse : un homme de grande taille, revêtu d’habits en airain. Il leur tournait le dos alors qu’il semblait être accaparé par une discussion animéz avec un interlocuteur invisible à leurs yeux.
Après quelques minutes, il se tourna dans la direction des compagnons qui demeurèrent silencieux. Le visage de l’homme était caché par un masque, mais un masque complètement différent de celui des autres moines, le masque d’une méduse !
Les compagnons frissonnèrent.
« Je crois que le prophète aime bien s’occuper personnellement de la décoration » pensa Roland tout en serrant furtivement son épée.
« Prophète, nous servons la Terre Noire » dit avec conviction Quarion.
Marlos Urnrayle demeura silencieux quelques instants, feignant être absorbé par ses pensées mais lorsqu’il prit la parole sa voix était dure et tranchante comme la pierre vive.
« Oh je le sais mes enfants ». Sa voix devint d’un coup plus doucereuse. « Je suis en effet vos exploits depuis votre arrivée ». Il se mit à rire, mais c’était un rire sans joie.
Puis calmement il brandit le marteau de facture exceptionnelle qu’il tenait le long de son corps.
« Admirez cela, voyez le signe qui m’a été donné par le prince de la Terre lui-même… voyez la puissance de Crodacier ».
Il marqua une pause.
« Pensiez-vous vraiment parvenir à me duper, MOI ! ». La dernière syllabe avait été prononcée d’un ton aigu et enragé.
« J’ai bâti ce lieu à l’image de la Terre Noire car, moi seul, ait reçu le don de briser les fondations mêmes de notre continent et vous, VOUS, pensez pouvoir me tromper, dans mon propre temple ? ». Marlos enleva alors son masque.
« Cessez donc vos blasphèmes et EMBRASSEZ mon regard si vous en avez le courage ! » ordonna-t-il impitoyable.
« Baissez-vous et ne le regardez pas si vous ne voulez pas venir enrichir sa collection ! » dit alors Roland tout en se mettant à couvert derrière une stalagmite. Ses amis firent de même.

De son côté, Roberto se faufila dans l’obscurité espérant pouvoir identifier le mystérieux interlocuteur du prophète de la terre.
Mais ce fut Jervan à quitter sa couverture le premier pour s’avancer d’un pas assuré vers l’homme. Brandissant sa masse d’armes, il se rua sur lui.
De son côté, rejoint Gervor, Roberto avait découvert un démon d’ombre caché dans l’obscurité. Alors que l’elfe attirait son attention, il fit signe à Quarion de s’approcher.
Le jeune mage se concentra : un flot d’énergie lumineuse s’abattit alors sur le démon qui, visiblement surpris par la douleur qu’il éprouvait, se tourna dans sa direction. Pourtant il n’émit aucun son.
Mais Quarion ne lui laissa aucun répit et, redoublant de concentration, augmenta encore la force de son sort. Pendant ce temps, Gervor et Roberto l’observaient inquiets.
Finalement, avec un dernier rictus, la silhouette du démon d’ombre se dissipa. Le magicien avait réussi à le renvoyer dans le plan d’où il était originaire. Mais cet affrontement l’avait conduit à puiser au plus profond de lui-même. Il mit un genou à terre, affaibli.

Voyant son allié vaincu, Marlos hésita un instant, un instant qui permis à Jervan de s’élancer sur lui avec une rage furieuse. Le regard pétrifiant du prophète était presqu’insoutenable mais sa constitution exceptionnelle lui permit de s’avancer les mètres nécessaires pour le frapper au visage.
Marlos cria et plusieurs colonnes furent réduites en morceaux, brisé par un choc d’énergie. Le prophète de la terre était désormais aveugle.
Roberto tenta alors de l’achever d’une flèche mais la corde de son arc ne résista pas. Il jeta alors l’arme à terre, résolu à le tuer avec sa dague.
Roland et Dorin avaient jusque là maintenu à distance les sectateurs qui les avaient accompagnés dans l’antre de Marlos grâce à une pluie de flèche. Le jeune guerrier profita de la confusion créée par la manoeuvre de Roberto pour accrocher une fiole explosive à une flèche. D’un regard entendu, le roublard le remercia silencieusement.
Comprenant ce qu’il voulait, tous les compagnons se réfugièrent à nouveau derrière les stalactites et les stalagmites qui occupaient toute la caverne.
Jervan en profita pour solliciter l’aide de son dieu. Priant silencieusement il désigna alors la silhouette du prophète de la terre qui, aveuglé, lançait des sorts en visant au hasard autour de lui. D’un coup, le chef du Culte de la Terre Noire ne put plus bouger.
« Non, vous ne détruirez pas ce que j’ai construit ! Non ! Je suis le prophète ! Moi seul dans votre nuit complète ai-je le front éclairé du sceau sacré de la Terre Noire… je ne puis succomber ainsi, si près du but… ».
Mais il peinait à prononcer ces simples mots, tant l’emprise du nain était puissante.
Laissant tomber son masque, Quarion roula sur le côté et, prenant appui sur une stalactite, s’élança dans un geste fluide en direction du prophète.
Il plongea sa rapière jusqu’à la garde dans l’oeil de Marlos.
L’homme tomba alors à terre. D’une voix brisée, comme son rêve, il trouva les forces pour leur dire en rendant son dernier souffle : « Soyez maudits, misérables profanateurs ! ».

Quarion regarda sa dépouille quelques instants. Il saisit délicatement le marteau de guerre que Marlos tenait encore dans sa main.
Crodacier. Le jeune mage sentait la puissance de l’arme parcourir tout son corps. C’était exaltant… une brûlure qui émanait de ses entrailles, accélérerait son pouls et l’emportait loin.
Le marteau était doté d’intelligence, une intelligence chaotique et mauvaise.
« Tue-les tous ! ».
La voix de Crodacier lui parvint comme un murmure.
« Tue-les ! Ils ne sont rien. Toi seul, tu mérites de devenir le maître des forces élémentaires ! TUE-LES, MAINTENANT ».
La voix était à présent comparable au grondement du tonnerre.
Ses amis devinaient le combat intérieur qui secouait le jeune elfe.
Après des instants qui semblèrent durer une éternité, celui-ci pivota lentement et leur fit face. D’autres sectateurs avaient rejoint les compagnons, alertés par le bruit de la bataille.
Quarion prit enfin la parole.
« Prosternez-vous ».

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