Les Chroniques de Dessarin – Episode 4, Partie 2

En préparation de notre prochaine séance, nous retrouvons les Chroniques de Dessarin, la campagne écrite par Fabien.
Voici la deuxième partie de cet épisode. Vous pouvez aussi relire l’Episode 1, l’Episode 2, l’Episode 3 et la première partie de l’Episode 4.

Les compagnons repartirent en direction de Rougemélèze. La nuit était désormais tombée mais ils préféraient marcher dans l’obscurité plutôt que de préparer un bivouac. Lorsqu’ils arrivèrent au célèbre carrefour commercial de la Côte des Epées, Rougemélèze était déserte. Sans discuter, ils se dirigèrent directement vers l’Auberge de l’Epée dansante.
L’Auberge était habituée à recevoir les voyageurs à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Ils purent donc s’installer sans difficulté dans la salle commune.
“Cela fait cinq jours que nous sommes partis de Béliard”.
“Et qu’avez-vous trouvé alors ?” s’enquit Kaylessa. Les compagnons étaient partis en direction de la clairière du Rocher lancé sur ses conseils.
Les compagnons parvinrent difficilement à dissimuler leur gêne. Pouvaient-ils  évoquer les sombres agissements d’Oreioth le nécromancien et puis, surtout, la rencontre avec le deva ? Leurs regards se tournèrent naturellement vers le paladin.
« Nous avons retrouvé les corps » dit simplement Alcarinquë qui était demeuré jusque là absorbé dans ses pensées. Sans proférer d’autre mots, il porta sa flûte  à sa bouche et se mit à jouer une mélodie douce, apprises des elfes d’Euchariste. Gwydn s’installa à ses côtés pour l’accompagner.
“En tout cas, nous sommes bien contents que vous ayez pris les choses en main” dit Harburk. Le poids de la protection de la petite ville était devenu insupportable ces derniers temps pour l’aventurier.
Interrompant brusquement sa musique, Alcarinque remarqua : “Nous avons été guidés…”. Puis il évoqua la rencontre avec le deva.
La salle fut gagnée par un sentiment d’incrédulité.
Garaël qui écoutait attentivement le récit de l’elfe de l’aurore ne put réprimer une larme. “Les dieux ne nous ont pas abandonnés” murmura-t-elle, soulagée.

Ayant terminé son récit, Alcarinquë se rendit au chevet de tous les blessés qui étaient encore couchés dans la salle commune. Sept personnes. Sept personnes dont les blessures étaient plus ou moins graves mais qui toutes avaient perdu un proche au cours des derniers jours. Tout en priant, le paladin eut pour chacune d’entre elles un mot de réconfort. Impressionnée par ses talents de guérisseur,  Garaël ne put réprimer l’admiration croissante qu’elle éprouvait pour l’elfe.
Une main ferme se posa alors sur l’épaule d’Alcarinquë. C’était une main dure comme le granit, celle d’Endras Tanthur, le tailleur de pierre. Son épouse et ses deux filles avaient été enlevées.
“Quand est-ce que t’y vas ?”.
Alcarinquë n’eut pas besoin de répondre : son regard couleur ambre reflétait toute sa détermination. Le mal était à l’oeuvre dans ces contrées et il était là pour l’éradiquer. Ou pour mourir dans cette quête.
Eldras reprit : “Entendu. J’ai déjà amené des chevaux pour toute votre compagnie dans la cour de l’Auberge. J’aimerais me joindre à vous mais je ne puis quitter Rougemélèze. Je dois rester auprès de mes deux fils. Je suis tout ce qui reste de leur famille…”.
Gwydn entonna alors une mélodie pleine de joie et tous les présents sentirent un espoir nouveau germer dans leurs coeurs meurtris.

Après quelques heures de repos, les compagnons furent prêts à reprendre la route. Cette fois ils suivraient la piste des citoyens enlevés.
Ils vérifièrent à nouveau leurs paquetages avant de rejoindre les cinq chevaux qui les attendaient, docilement, dans la cour de l’Auberge de l’Epée dansante.
“En selle mes amis” dit Alcarinquë. “La Tour de Ventplume nous attend. Nous devrions en avoir pour environ deux jours de marche”.
Ils s’éloignèrent rapidement de Rougemélèze accompagnés par le regard des habitants.
Après une journée et demi de marche, ils approchèrent d’un petit escarpement. Au loin, ils pouvaient apercevoir les cimes enneigées d’une chaîne de montagnes. Le chemin sur lequel ils étaient engagés longeait à présent un canyon creusé par le cours d’eau qui vrombissait en contrebas de l’endroit où ils se trouvaient.
Soudainement, les aventuriers aperçurent une aiguille qui accrochait fièrement les premiers rayons du soleil.
“Ventuplume !” s’exclama Draff.
Ils continuèrent de s’avancer.
“Halte !” dit Gwydn. Des traces au sol avaient attiré son attention.
“Regardez” poursuivit le demi-elfe. “Ces traces sont semblables à celles que nous avons retrouvées il y a deux jours dans la clairière du Rocher lancé…”.
Il s’avança précautionneusement accompagné de Draff.
Au détour d’une dernière excroissance rocheuse ils furent tous deux surpris par le spectacle qui les attendait : le cadavre d’un humanoïde ou, plutôt ce qu’il en restait, deux jambes séparées encore revêtues d’épaisses bottes en cuir gras. Autour de cette macabre découverte gisaient des pièces d’armure défoncées témoignant de la violence de l’assaut qui avait coûté la vie au moins à l’un des combattants.
Alcarinquë observa attentivement les armures.
“Elles ne ressemblent nullement à celles portées par les cavaliers ailés qui ont attaqué Rougemélèze. Un militaire sans doute…”.
Un détail attira son regard. “Une tâche sombre… beaucoup de sang a coulé… plus que ce que pourrait verser un être humain !”.
“Regardez ces griffures” opina Gwydn. “Des serres de vautour géant pourraient laisser vraisemblablement de telles traces. ”.
De leur côté, Cafard et Draff examinaient les restes du cadavre. Le moine remarqua une légère déformation au niveau de l’une des deux bottes.
“Il y a quelque chose là-dedans”. Il se saisit du moignon et enleva la botte : un petit rouleau de papier tomba à terre que Draff s’empressa de lire.

“A Soeur Garaël,
Nous nous rendons avec grande haste vers le temple de la Pierre sacrée à l’intérieur duquel nous retrouverons nos compagnons, selon les assurances du Sire Thurl Menosska, maître chevalier de Ventplume.
Ne vous souciez plus aucunement.
Nous reviendrons vers vous avec de bonnes nouvelles.
Galamment vôtre,
Prince Kossef de Phandalin”.

“Voilà donc un message envoyé à Garaël par le groupe d’aventuriers qui nous a précédé. Mais quelqu’un s’est donné du mal pour qu’il ne parvienne pas à son destinataire” remarqua Melius.
Plus loin, une large crevasse de plus de trente pas les séparait encore du pic rocheux sur lequel s’élevait la tour blanche de Ventplume.
Les compagnons décidèrent de s’y rendre sans dissimuler leur arrivée.
Ils parvinrent enfin jusqu’à une passerelle.
“On dirait qu’il y a eu du remue-ménage par ici… et que plus personne ne prête vraiment attention aux allers venues” nota pensivement Draff.
“En tout cas, elle est encore occupée : j’entends des bruits de rapaces ainsi que des piaffements s’élever depuis le soubassement de cette tour” répondit Mélius.
Gwydn sonna l’imposante cloche en bronze qui se trouvait au niveau de l’entrée de la tour.
“Qui va là ?” demanda une voix féminine.
Cafard répondit d’une voix assurée : “Nous sollicitons une audience auprès de Thurl Menosska, Maître chevalier de Ventplume. Nous sommes les porteurs d’une missive de la plus haute urgence pour lui”.
Avec un bruit grinçant le pont-levis commença à descendre lentement. La solide porte en bois s’ouvrit, révélant l’entrée de la tour. Deux gardes en armures de plate se placèrent de chaque côté de la porte, figés tels des statues corinthiennes, alors que deux autres s’avançaient d’un pas solennel vers les compagnons.
Cafard tendit le message trouvé dans la botte du cadavre à quelques lieues de Ventplume. Après avoir parcouru rapidement le bout de parchemin, le garde l’enfila sans proférer de remarque dans l’une de ses manches.
Des cris résonnaient faiblement au loin, mais les compagnons ne purent en déceler l’origine exacte alors qu’ils emboîtaient le pas du garde.

De nombreuses traces de chevaux, datant de quelques jours étaient perceptibles dans le hall. Les compagnons redoublèrent d’attention.
Le garde les conduisit dans une première salle où trônait une énorme sculpture d’aigle à côté d’une grande porte en chêne massif.
Gwydn remarqua que la porte était ornée d’une inscription en commun : “Avec la gratitude des Chevaliers de la Corne d’Argent”. Il nota mentalement cet élément : ils avaient déjà rencontré le nom de cet ordre dans le donjon qu’ils avaient exploré il y a moins d’une semaine et qui semblait constituer une entrée secrète de la légendaire cité naine du Tyer Besil.
Le garde se dirigea d’un pas assuré vers un grand escalier en colimaçon qui le conduisit au premier étage de la tour. Celui-ci servait d’entrepôt et de cuisine.
Quatre énormes piliers carrés, en pierre basaltique constituaient les seuls éléments structurels apparents : au milieu un escalier montait et descendait pour desservir les autres étages du bâtiment. Aucun symbole visible ne se trouvait sur les piliers remarqua cette fois Gwydn.
“Etrange, cela ne peut être de l’obsidienne” murmura le barde avant de suivre  docilement ses amis qui déjà commençaient à s’engager dans l’escalier pour atteindre l’étage supérieur.

Les compagnons découvrirent une nouvelle salle.
“Regardez ces piliers-là” susurra Alcarinquë. “Ils sont plus anciens que la tour elle-même !”.
“J’ai déjà vu cette configuration” glissa tout bas Gwydn à l’oreille de son ami. “Souviens-toi, lorsque nous avons découvert cette entrée reculée de Tyer Besil… le sémaphore… il indiquait donc cet endroit”.
Mais déjà le garde de la Tour de Ventplume commençait à s’impatienter. Ils durent se résoudre à poursuivre leur ascension.
Les compagnons arrivèrent enfin dans une grande salle commune où des tables avaient été préparées pour un festin. De nombreux hommes en armure s’y trouvaient.
“Il y a quand même beaucoup de gardes pour des aristocrates oisifs aimant  l’aéronautique et les sensations fortes” remarqua silencieusement Mélius.
“Que rangent-ils dans toutes ces malles ?” s’interrogea Draff en notant que de grands préparatifs étaient à l’évidence en cours.
“On dirait qu’ils lèvent le camp” murmura Cafard qui avait compris l’interrogation du drow. “Mais pourquoi toute cette précipitation ?” ne put-il s’empêcher de penser.
Face à la fenêtre, un grand gaillard leur tournait le dos.
“Merci pour le message”. Sa voix était puissante : la voix d’un chef, capable d’inspirer la confiance sur le champ de bataille et de revigorer les blessés et les mourants.
A présent, il leur faisait face. “Je suis Thurl Merossla, le commandeur des chevaliers de Ventplume. J’espère que la route a été bonne depuis Rougemélèze”.
Sans attendre de réponse de la part des compagnons, il poursuivit : “Comme vous avez pu le constater, nous sommes sur le départ. Nous partons en campagne” dit-il en montrant du doigt les chevaliers qui s’affairaient tout autour de lui.
“Mais cela ne doit pas nous faire oublier les lois de l’hospitalité ! Accepterez-vous de vous joindre à nous pour une petite collation ?”.
Les compagnons ne se firent pas prier. Etait-ce la voix de Merosska, la fatigue due au deux journées de marche sans relâche… ils n’auraient pas su l’expliquer. Mais ils se sentirent immédiatement en sécurité dans les locaux de la Tour de Ventuplume. Aux côtés de Merosska, ils s’approchèrent du buffet fastueux qui avait été préparé.
“Ventplume se situe dans une région difficile d’accès mais grâce à nos montures, nous n’avons pas besoin de nous priver. Vous trouverez à cette table les meilleurs vins de la Côte des Epées, des fruits confits en provenance des terres mystérieuses de Zakhara et même du poisson séché importé de Kara-Tur !”.
L’enthousiasme du commandeur était communicatif.
“Des nouvelles de Rougemélèze ?” demanda-t-il enfin.
Gwydn décida de résumer les événements. Merosska et tous les cavaliers l’écoutèrent attentivement.
Après le récit du barde, une question brûlait les lèvres de Melius : “Où sont les enfants ?”.
“Je n’ai pas de réponse à cette question”.
“Mais les cherchez-vous aussi ?”.
“Nous sommes arrivés depuis peu de temps à Ventplume. Vous savez, être ici est une façon de vivre notre passe-temps favori de sorte que nous séjournons à la Tour uniquement par intervalles.
Non, nous n’étions pas au courant des événements que votre ami nous a narrés. A fortiori, nous n’avons effectué aucune recherche. Mais cela n’aurait rien changé. Nous n’éprouvons aucun intérêt pour ce qui se passe dans les contrées environnantes. Seul compte pour nous le vol… les cheveux qui nous balayent le visage pendant que nous nous élevons dans les airs… Ce qui se passe à terre paraît tellement insignifiant lorsque, comme nous, on défie les aigles majestueux dans les cieux !”.
Pour mieux appuyer son propos, Thurl indiqua d’un geste de sa main gauche le sol. Gwydn remarqua immédiatement la trace blanche à son annulaire : le maître chevalier avait dû retirer depuis peu de temps une bague qui ornait son doigt.
“Pendant notre permanence nous n’avons assuré qu’une simple mission de surveillance. Les faits que vous nous relatez sont inquiétants… je crois que nous sommes à présent dépassés. Nous allons repartir pour Yartar. Mais même si nous avions croisé vos vautours géants, nous n’aurions pas pu les poursuivre longtemps. Nos hippogriffes ont  moins d’endurance”.
Alcarinquë se leva alors pour faire face au commandeur des chevalier de Ventplume : “Pourriez-vous au moins nous laisser quelques hommes ? Cela nous aiderait grandement pour les recherches”.
“Etes-vous l’envoyé d’un temple ?” demanda pensif Thurl Merosska.
“Tel est le cas” répondit avec assurance le paladin. “Je suis moi-même un disciple de Méthanier. Mais le Temple de toutes les Fois de Rougemélèze nous a expressément chargés de cette quête en la personne de Soeur Garaël.
“Alors l’affaire est entendue !” tonna Merosska.
“Je veux cinq volontaires pour rester en arrière garde avec ces cinq messagers venus de Rougemélèze ! Ces cinq volontaires nous rejoindront ensuite directement à Yartar.
Il se tourna enfin vers les compagnons. “Je ne peux pas faire mieux, si je vous laissais plus d’hommes je mettrais en danger notre propre expédition. La région n’est plus sûre… vous venez vous-mêmes de nous l’apprendre”.
A l’appel du commandeur, cinq chevaliers, tous dépassant allègrement les six pieds s’avancèrent tel un seul homme.
“Pourrais-je vous demander une dernière faveur ?” poursuivit Alcarinquë.
“Dites, je suis votre obligé, fidèle de Mathander”.
“Pourriez-vous mettre à ma disposition une salle dans un lieu élevé. Une salle où je pourrais me retirer pour méditer”.
“Vous êtes au bon endroit mon garçon. La tour de Ventplume aurait pu être érigée justement dans cette perspective” sourit Merosska. “Si l’on n’y pense aujourd’hui, cela paraît incroyable… mais il y a quelques années… il y a quelques années, rien de tout cela n’existait.
Je venais de Yartar. J’étais beaucoup plus jeune, et moins sage. Un orage puissant s’était formé. Je savais que ma monture n’était pas de taille pour affronter la bourrasque qui s’annonçait. Alors j’ai dévié de ma trajectoire, à la recherche d’un abri. C’est ainsi que j’ai découvert la tour de Ventplume. Elle se trouvait là, à quelques lieues de moi. Un abri inespéré alors que les montagnes des environs sont si peu accueillantes. Derrière moi, j’entendais le vent devenir de plus en plus furieux…”.
Le récit du commandeur fut soudainement interrompu par un bruit aigu. Le visage de Cafard venait de tomber dans son assiette, éclaboussant au passage ses voisins.
“Que se passe-t-il ?” eut le temps de demander Melius, avant de tomber aussi à la renverse.
En quelques instants tous les amis s’étaient effondrés sous l’emprise d’un puissant narcotique.
“Amène nos invités dans la suite que nous leur avons réservée” ordonna Thurl Merosska au chevalier qui se tenait à sa gauche.
Puis il reprit tranquillement son repas avec un sourire de satisfaction.

Toutes les images (c) Wizards of the Coast Ltd.

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