Les Chroniques de Dessarin – Episode 5

Nous retrouvons les Chroniques de Dessarin, la campagne écrite par Fabien.

Voici la troisième partie de cet épisode. Vous pouvez aussi relire l’Episode 1, l’Episode 2, l’Episode 3, ainsi que la première, la deuxième et la troisième partie de l’Episode 4.

La vallée de la Dessarin était plongée dans la nuit. L’air était frais et humide et les tissus collaient à la peau des compagnons. Les cinq aventuriers étaient encore prostrés par l’expérience qu’ils venaient de vivre. Au cours de l’exorcisme entrepris par le courageux Ravek ils avaient lutté ensemble, formant un seul et même corps, contre le froid et la foudre. Pendant les instants interminables où ils étaient placés sous la protection de la lumière divine, Yan C Bin leur avait adressé des messages de destruction et de désespoir.

Gwydn avait vu apparaître devant lui une immense forêt en flammes. Etait-ce la forêt de son enfance ? Sa famille était-elle en danger ? Son départ avait peut-être laissé sans défense ceux qui l’aimaient et comptaient sur lui.

Pour Mélius, sa vision était rapidement devenue trouble mais, hélas, les cris de plusieurs enfants, terrifiés, avaient failli lui faire perdre toute emprise sur lui-même. Quelques heures après, ils résonnaient encore dans son esprit. Etait-ce un simple mauvais rêve ? Il aurait aimé le croire mais, au fonde de lui-même il avait l’intuition que cette vision recelait – malheureusement – une part de vérité. Mais cette vérité était enfoui au plus profond de lui-même et il n’était pas certain d’avoir la courage nécessaire pour la révéler complètement.

Alcarinquë avait été tout particulièrement visé par les éclairs de rage du seigneur élémentaire. Sa colère froide s’était glissée jusqu’au tréfonds de son âme mais à chaque fois, la force de Ravek était venue le protéger.

Pour Cafard, des milliers d’éclairs s’étaient abattus sur de pauvres innocents enfermés dans d’effroyables arènes sanglantes.

Même Draff, enfin, n’avait pas été épargné. Certes l’impitoyable éducation des elfes noirs lui avait appris à dissimuler parfaitement ses pensées mais son regard de feu témoignait du trouble qui venait de l’assaillir. Il voyait toujours les visages émaciés qui s’étaient approchés, pour se moquer de lui et qui l’avaient quitté dans un dernier ricanement.

Pendant ce temps, la Tour de Ventplume était noyée dans un tapis d’étoile qui s’étendait à perte de vue.

“Voilà un spectacle réconfortant” songea Cafard en regardant les terres aux alentours, envahies par les grenouilles qui prospéraient dans la vallée. Mais ce spectacle serait-il suffisant pour éloigner les sombres pensées que ses visions avaient convoquées ? Il soupira en esquissant quelques pas.

Soudainement, le moine aperçut au loin une ombre, suivie de près de plusieurs silhouettes.

“Cinq formes ailées s’approchent à grande vitesse de la tour ! Des vautours !”.

Il eut à peine le temps de prévenir ses amis. Quelques instants après, le croassement lugubre des charognards déchira la nuit une première fois.

Alcarinquë le rejoignit au pas de course et se mit à scruter attentivement l’horizon. Malgré l’obscurité, sa vision elfique lui permit de remarquer que chacun des vautours était lourdement chargé.

“Ce ne sont pas animaux sauvages. J’aperçois au moins quatre humanoïdes en armes sur leur dos” murmura-t-il à son ami.

Gwydn, qui avec Draff se tenait désormais à leurs côtés, n’hésita pas : il prononça une incantation offensive contre le permier qui, à l’avant du vautour le plus proche, semblait être le pilote du premier des rapaces en approche. L’oiseau commença alors à perdre en altitude.

“Bien joué !” le félicita Cafard. Mais sa joie fut rapidement interrompue. Les voyageurs qui se tenaient derrière le pilote  venaient de s’élancer dans le vide.

“Mais… que se passe-t-il ?”.

Le jeune moine était stupéfait par le spectacle devant lui : les deux assaillants n’étaient pas tombé à pic. Affublé dans le dos d’une sorte de ballon, chacun contrôlait avec aisance sa descente comme s’il était retenu par une main invisible. Mais leur descente les conduisait inexorablement vers la tour de Ventuplume !

“Nous sommes attaqués !”. Cafard et Draff se ruèrent dans l’escalier pour aller chercher les hippogriffes des Chevaliers de Ventplume.

“Tu te vois organiser la défense de cette tour que nous venons à peine d’explorer ?”.

“Pas vraiment. Il faut que nous poursuivions le combat dans les airs”.

Au même moment, un flot d’énergie brûlante partit du balcon qui se trouvait au-dessous d’eux. Les mains crispées de Melius canalisaient avec effort le sort qu’il venait de lancer. Un grondement de tonnerre se fit entendre. Mais les passagers du vautour ne parurent pas être troublés par les initiatives de l’ensorceleur. A leur tour, ils s’élancèrent avec la même aisance que les premiers en direction de la construction qui abritait les aventuriers.

“Ne lâchez rien !” dit Gwydn avant de se concentrer pour sonder l’espace autour d’eux.

“Je ressens quelque chose… une… une puissante magie agit autour de nous…”. Un froid surnaturel commença alors à envahir toute la tour de Ventplume et une grande lumière apparut dans le ciel. Elle émanait de Ravek.

Les vautours, libérés du poids de leurs passagers, se mirent à tourner dans le cercle lumineux créé par le vieux paladin.

“Un sort de sanctuaire… du moins à première vue” eut le temps de remarquer Alcarinquë. “L’intensité des pouvoirs de cet humain ne cessera jamais de me surprendre…”.

Mais le temps n’était pas propice à la spéculation. L’elfe de l’aurore se tourna à nouveau en direction des vautours et prononça un mot de commandement. Il vit avec satisfaction les rapaces arrêter leur progression en direction de la tour avant de commencer à se déchiqueter entre eux avec une fureur inouïe.

“Excellent ! Cela devrait nous donner un peu de temps”.

Gwydn profita de la diversion créée par son ami pour attaquer à nouveau les rapaces qui se mirent alors à virevolter.

“Voilà !”. Le premier des deux oiseaux d’attaque explosa brutalement, projetant des plumes et des boyaux consumés à plusieurs mètres.

Comme pour lui faire écho, une deuxième déflagration vint briser le calme artificiel de la nuit. Effrayés, les deux derniers vautours s’enfuirent.

Les compagnons se tournèrent en direction de Ravek. Celui-ci paraissait prier.

“Etrange…” ne put s’empêcher de penser Alcarinquë. “Cette déflagration ne semble pas due à la puissance divine mais plutôt à la magie…”. Mais l’elfe dut chasser ces pensées car Cafard et Draff remontaient déjà en amenant avec eux les hippogriffes.

Quelques mètres plus bas, Melius laissa s’exprimer toute sa colère et sa peur : un cube de feu s’abattit sur les hommes armés d’abalètes qui, après avoir touché le sol, avaient entrepris d’escalader la tour. Quoiqu’efficace, cette attaque ne put arrêter bien longtemps leur progression. Comprenant que le corps à corps était désormais inévitable, Alcarinquë et Gwydn se ruèrent sur eux comme un seul être. Côte à côte, ils bloquèrent le passage vers l’intérieur de la tour.

Les assaillants pointèrent leurs mains dans la direction des compagnons. Leurs extrémités devinrent soudainement incandescentes.

“Ahh ! Des rayons de foudre. Je suis touché !”. Gwydn tomba lourdement au sol.

Cafard et Draff montèrent sur leurs hippogriffes pour déplacer la confrontation dans les airs. Mais une trosième déflagration se fit entendre, accompagnée encore d’une  nouvelle vague de froid.

“La vigueur de Ravek s’épuise” nota Alcarinquë qui avait compris que le vétéran cherchait à créer une nouvelle aura de lumière. “Combien de temps pourra-t-il encore tenir ?”. Mais l’elfe de l’aurore constata avec satisfaction qu’un autre vautour s’enfuyait.

“Leur retraite est coupée !” commenta Cafard. “A présent, nous devons les terrasser… vite !”.

Mais une plainte se fit entendre. La vie était en train d’abandonner le corps meurtrie de Gwydn.

“Mon ami, tiens bon !”.

Alcarinquë s’élança pour le stabiliser. L’effet fut immédiat et le demi-elfe reprit ses esprits avant de sourire faiblement.

Mais quelques mètres au-dessus d’eux, une étrange force s’accumulait.

“Qu’est-ce…”. Le barde n’eut pas le temps de formuler à haute voix son inquiétude. La foudre frappa les corps des deux amis. Parcourus par l’onde violente d’électricité, ils demeurèrent tous deux saisis quelques instants. Puis ils s’effondrèrent, terrassés.

Maîtrisant sa monture pour se placer juste au-dessus des derniers vautours, Draff avait suivi toute la scène. Il tourna son regard vers leurs ennemis et inspira résolument. Comprenant les intentions du drow, Melius se concentra pour tenter de contrôler le cube de feu qu’il venait de conjurer et le diriger vers ses adversaires.

“Cela devrait détourner leur attention de Gwydn et Alcarinquë…”.

Comme pour rassurer l’ensorceleur de la pertinence de son raisonnement, le demi-elfe se leva, chancelant.

Les compagnons n’avaient pas ménagés leurs efforts. Pourtant leurs ennemis les dépassaient encore en nombre. A différents endroits de la tour, des hommes en armes venaient de s’accrocher pour entamer une escalade rapide vers ses ouvertures.

Comprenant que la situation était désespérée, Cafard décida d’attaquer celui qui, parmi eux, paraissait être leur commandant.

Tout en le fixant, il bomba tous ses muscles, se transformant en une statue de pure vivacité. L’homme n’eut pas le temps d’équiper l’attaque du moine qui ouvrit une profonde blessure dans son flanc, à proximité de son foie.

Pour la première fois, leurs adversaires semblèrent en difficulté.

“Nos venons de gagner quelques précieuses secondes. Ne les gâchons pas”. Gwydn vint alors vérifier l’état d’Alcarinquë.

“Alcarinquë est blessé !”. L’elfe avait perdu la vue. “Il faut le stabiliser ou il ne survivra pas à cette nuit !”.

Mais alors qu’il s’apprêtait à intervenir, il entendit une voix puissante résonner dans sa tête. Elle lui enjoignit : “Attends, Gwydn !”.

Une lumière éclatante jaillit.

Alcarinquë se mit debout. “Qu’est-ce qui s’est passé ?”

Son regard se tourna vers Ravek qui échangea avec lui un sourire.

“Il semble bénéficier d’une réserve d’énergie inépuisable !” constata l’elfe de l’aurore avant d’adresser à son tour un sourire au paladin pour le remercier.

Avec une lenteur mesurée et après avoir retiré son casque pour mieux narguer le demi-elfe, l’un des assaillants pointa alors son index en direction de Gwydn. Un terrible éclair jaillit en direction du demi-elfe. Celui-ci parvint cependant à l’esquiver en plaquant son corps contre l’une des colonnes de la tour de Ventplume.

Témoin de l’attaque, Cafard se mit à poursuivre avec sa monture le guerrier ailé. Hippogriffe contre vautour, ils entamèrent une ascension sans fin… des centaines de pieds plus bas, l’eau de l’un des bras de la Dessarin se brisait contre les flancs des montagnes rosées qui avaient fait la fortune de la région.

Incapable de comprendre ce qui se passait et quoique épuisé par les effets de la foudre qui l’avait frappé quelques instants plus tôt, Gwydn attaqua l’adversaire le plus proche avec son arbalète. Il vit avec un plaisir non dissimulé le carreau se ficher profondément dans la poitrine de celui-ci. La blessure était douloureuse et handicapante.

“Un peu de temps… Nous avons peut-être une chance” admit Melius en le remerciant silencieusement.

Cependant, l’adversaire du demi-elfe répliqua immédiatement en déchaînant sa magie contre le barde. Soudainement l’air devint compact avant qu’une nouvelle déflagration ne se fasse entendre. Mais Gwydn parvint à résister cette fois encore à la violence de l’attaque en se plaquant au sol.

“Tu ne m’auras pas cette fois !”.

“Je l’ai eu” cria Draff au même moment, en voyant que son attaque avait permis de dévier complètement la trajectoire du vautour qu’il était en train d’affronter. Mais quelque chose glaça le sang du drow. Quelque chose de terrible.

Pendant ce temps, Cafard – qui montait un hippogriffe comme Draff – poursuivait son combat contre le dernier vautour. Il vit avec surprise le vautour disparaître complètement, comme avalé par les dernières lumière du crépuscule du soir.

“Je ne le vois plus ! Il est devenu invisible !”.

“Attends, laisse-moi scruter les airs !”. Melius, qui se tenait à l’étage inférieur de la tour entendit alors des bruits de pas dans l’escalier. Sans réfléchir, il se plaça à côté de la porte avant de commencer à se concentrer pour créer une secousse tellurique. En serrant les dents il entreprit de la diriger en direction de l’escalier. Avec un rictus de plaisir mêlé de douleur il sentit l’énergie du chaos le remplir complètement. Inépuisable et en même temps si insidieuse.

“Maintenant !”.

Grâce à la structure d’obsidienne de la tour, la vague déclenchée gagna progressivement en intensité jusqu’à atteindre une puissance incroyable. Des cris de douleur et d’effroi firent alors écho à la magie de l’ensorceleur. Plusieurs corps roulèrent dans l’escalier, simples mannequins que la vie venait d’abandonner.

Gwydn attaqua à nouveau avec son arbalète.

Mais juste à ce moment-là l’un des assaillants lança un nouveau sort contre Alcarinquë. L’elfe de l’aurore sentit l’air autour de lui se glacer. “Je n’aurai pas de deuxième chance !”. L’elfe de l’aurore se rua contre son adversaire pour planter l’une de ses flèches dans sa poitrine. Insensible à la douleur, l’homme saisit le projectile qu’il dirigea calmement, avec application, vers la poitrine du jeune paladin. Mais Alcarinquë ne se laissa pas impressionner. A son tour, il l’arracha avant de le replanter dans l’armure sombre de l’homme. Du sang jaillit enfin de sa bouche, avant qu’il ne s’effondre avec un gargouillis obscène.

“Dans ma terre natale on enseigne aux jeunes promis que si l’on s’engage dans une danse, il faut savoir la conduire jusqu’à sa conclusion…”.

L’un des assaillants retira alors son casque.

Il toisa du regard Draff qui planait à proximité et l’apostropha avec une voix pleine de dédain : “Draff El Zûl ? Voilà où tu te caches donc ! Pensais-tu vraiment pouvoir échapper à la colère de la Reine Araignée ?”. D’un sourire mauvais il accompagna ses paroles d’un rapide geste qui lui permit de dégainer sa dague avec une incommensurable fluidité.

“Mon nom sera inscrit parmi les héros de ma Maison lorsque je rapporterai ta tête à Menzoberranzan, renégat !”

“L’aiguillon de l’araignée, la dague empoisonnée des drows” nota Draff en serrant les dents.

Cafard aussi avait entendu les propos de l’aéronaute. “Une vieille connaissance … Mais pourquoi ici ? Les drows ne viennent que rarement à la surface et ce pour des raids de courte durée… que peut bien cacher cette alliance insoupçonnée des adorateurs de la Reine Araignée ?”.

Alcarinquë s’écarta pour laisser la place à Gwydn qui fit mine de trancher en deux l’elfe noir. Mais avec un simple pas de côté et sans effort apparent, le drow s’arrangea pour rester dans le périmètre de sa sphère d’obscurité. Même l’intervention de Ravek paraissait totalement inutile à son égard.

“Je te cherchais Draff… Tu dois être triste et perdu sans nouvelles de la famille !“ ricana-t-il. “Mais je vais t’en donner ! De ta mère notamment… Sais-tu qu’elle m’a imploré de la laisser vivre alors que je posais la lame de ma dague sur sa gorge ? La grande Matrone de la Maison El Zûl, en train de demander qu’on l’épargne… Tu es le fruit d’une bien méprisable lignée, Draff, dans la mort comme dans la vie. J’espère que tu seras conforté en sachant que j’ai présenté son coeur encore palpitant en offrande sur l’autel de notre déesse dressé dans ta maison. Mais tu sais tout cela, n’est-ce pas ?”.

Draff perdit alors tout contrôle de lui-même.

“Toujours aussi maladroit à ce que je vois” renchérit l’autre en esquivant la première attaque du roublard. “Mais ne t’épuise pas vainement. J’ai envie de prendre mon temps avec toi… Et ton frère Draff ? As-tu des nouvelles de lui ? Si tu n’en a pas, ne sois pas surpris. Je me suis occupé de lui aussi. La Maison El Zûl était une tumeur et je me suis employé à la retirer, chirurgicalement. Sache qu’il ne reste plus que toi, la honte de Menzoberranzan. Mais ne t’en fais pas, tu ne survivras pas longtemps à la disgrâce de ta Maison. Tu auras le plaisir de rejoindre bientôt les tiens dans la mort et dans l’opprobre. La Reine araignée l’a décrété : la lignée des El Zûl s’arrête aujourd’hui… et ici !”. La lame du drow blessa Draff à la cuisse, labourant furieusement ses chairs et lui arrachant des cris de douleur. Le pauvre drow sentit immédiatement le poison qui l’imprégnait pénétrer dans son corps à travers la plaie béante.

“Ressaisis-toi enfin ! Fais tes prières El Zûl, et peut-être… je dis bien peut-être… la Reine araignée aura pitié de toi. Peut-être te changera-t-elle en drider, pour que tu demeures dans les profondeurs de l’Ombreterre un témoignage vivant de sa puissance et de son courroux !”.

Témoin de cet affrontement, Ravek fit cependant signe aux autres compagnons de ne pas intervenir.

Comprenant silencieusement qu’il devait livrer seul ce combat, Draff parvint à riposter à l’attaque et à se désengager.

“Non ! Tu ne m’auras pas…”.

Mélius n’attendit pas un instant de plus : il balança un cube de feu en direction de l’assassin drow. De justesse, celui-ci parvint à se mettre à l’abri dans la cage d’escalier.

“Ne m’enlève pas ma vengeance !” cria Draff à l’encontre de l’ensorceleur.

Ravek arrêta alors l’aura de lumière. Mais l’elfe noir avait disparu.

“C’est fini” dit Alcarinquë d’une voix grave. Il posa sa main sur l’épaule de Draff qui se dégagea aussitôt. Etait-ce des larmes qui coulaient sur les joues du roublard ? Il n’aurait su le dire.

La température commença à  remonter.

“Regardez ! Celui-là est encore vivant !” remarqua Gwydn en examinant l’un des aéronautes au sol. Son sac en forme de ballon gisait encore à son côté. Il l’examina rapidement.

“Tiens : un élémentaire de l’air… voilà ce qui leur permettait de flotter ainsi pour se poser à leur gré” murmura-t-il avant de commencer à le stabiliser pour l’interroger.

“C’est bon. Il survivra”. Avec Cafard, il le souleva avant de l’attacher dans l’étable des hippogriffes.

Alcarinquë se tourna vers Revok : “Je vous suis très reconnaissant. Sans vous nous n’aurions pas survécu à l’attaque…”. Il inspira profondément.

Revok sourit. “Prions Lathander”.

Melius se dirigea vers le bureau de Thurl Merosska. “Il reste encore quelques courriers à étudier” pensa-t-il. Il commença à le fouiller méthodiquement et découvrit la correspondance du commandeur.

“Regardez ! Plusieurs lettres… et quelques une qui semblent intéressantes…”.

“Les ariels ? Ce sont des elfes ailés mais leur existence relève du mythe…” remarqua Alcarinquë.

“Cette princesse, qui pourrait-elle être ? Garaël ?”.

Plus bas dans la tour, Gwydn réfléchissait à comment organiser l’interrogatoire du prisonnier. Il commença à murmurer une chanson douce. Son apparence devint progressivement celle de l’un des aéronautes qu’ils avaient combattus, jusque dans les moindres détails. Il s’approcha ainsi de l’homme gisant à quelques mètres de lui.

“Viens. Nous sommes victorieux !”. Il commença à secouer l’homme qui sortit de sa torpeur.

“Viens. Les pertes dans nos rangs sont immenses. Que devons-nous faire à présent à ton avis ?”.

“Il faut aller au temple, Kaylessa nous attend”.

“Quel chemin nous conseilles-tu d’emprunter pour ne pas attirer l’attention ?”

Mais l’homme s’évanouit à nouveau.

“Nous n’arriverons pas à en tirer grand chose pour le moment” rapporta-t-il un peu plus tard à ses amis qui s’étaient tous réunis dans l’ancien bureau de Merosska.

“Il faut que vous vous rendiez au temple dont il parlait et que vous découvriez qui est cette Kaylessa” dit Revok. “Mais je ne puis vous accompagner cette fois”. Il sortit alors de son paquetage deux pierres enchâssées l’une dans l’autre.

“Ce sont des pierres messagères. Elles permettent de transmettre à une grande distance un message par jour. Prenez-en une. Vous pourrez ainsi me tenir au courant de vos découvertes”.

Cafard était incrédule.

“Avez-vous au moins un artifice qui nous permette d’amener la lumière comme vous avez su le faire aujourd’hui ?”.

“Vous n’avez pas besoin de moi. Vous avez Alcarinquë avec vous” répondit le vieil homme en souriant.

Le moine ne parut pas partager la même confiance du paladin.

Gwydn s’adresse à Draff. “Connais-tu un archi-enchanteur ?”

“Non”. L’elfe noir était d’humeur morose.

“Cette situation est bien incompréhensible” ne manqua pas de souligner Melius.

“Cependant nous devons nous garder de toute conclusion hâtive. La civilisation drow comprend de nombreux archi-enchanteurs, certains d’entre eux sont en exil et n’ont pas fait parler d’eux depuis longtemps. Nous devons en savoir plus pour mesurer la menace”.

Il soupira.

“Soyons prudents. Ces lanceurs de sorts inspirent une grande crainte, à juste titre, et seule une grande urgence a pu inciter les elfes noirs à s’éloigner autant des cavernes d’Ombreterre”.

“De plus un hippogriffe manque à l’appel” remarqua Cafard. “Ton ami Draff a dû réussir à s’enfuir”.

Le roublard accueillit la remarque de son ami avec un sourire mauvais. “Un drow qui échoue ne peut pas rentrer. Il a dû se cacher. Il est là, dehors, quelque part”.

Rapidement les compagnons se mirent à échafauder un plan. Gwydn se déguiserait en Merosska, Alcarinquë revêtirait l’armure à plumes de l’un des prêtres assaillants et les autres seraient habillés avec les armures des troupes de chocs des airs. Ils devraient être en mesure de tromper ainsi les premières défense du temple de l’air. A l’intérieur, ils improviseraient.

“De notre côté la tour a été sécurisée” dit Revok en les rejoignant.

“Excellent ! Nous reviendrons après avoir repoussé la menace” dit Alcarinquë.

“Je comprends votre plan. Sincèrement je doute que votre supercherie ne soit pas découverte” observa Revok.

“Nous allons dans les ténèbres, là où seuls les coeurs purs brillent” répondit simplement Alcarinquë.

L’elfe de l’aurore s’approcha du vieux paladin.

“J’ai remarqué quelque chose d’étrange. Une aura de froid émanait de vous. J’ai prié ce matin mais je ne vous ai pas vu prier à votre tour”.

“Mon enfant, je baigne dans l’Ilindurier” répondit le paladin en posant ses mains sur les larges épaules de l’elfe.

“Demain est un autre jour !” les interrompit Cafard. “Je crois que nous avons tous mérité un peu de repos”.

“C’est vrai. Attendons demain pour mettre notre plan à exécution. Nous ne savons pas les épreuves que le temple des aéronautes nous réserve” poursuivit Gwydn.

Tout le monde acquiesça à la proposition du moine et du barde.

Ils se répartirent dans les chambre de la forteresse.

Gwydn s’endormit le premier. Toutes les scènes de la bataille qu’ils venaient de livrer lui revinrent en songe. Mais au moment où la foudre s’abattit sur lui il ressentit une vague de terreur, une terreur sourde qui lui glaçait le coeur. Soudainement, l’image changea. A présent il voyait une jeune fille à la chevelure rousse… ou noire… ou blonde ? Une change-forme ! Les lieux changeaient et elle changeait avec eux. Mais l’air, glacial, restait, lui, où qu’ils soient. Puis ce fut le silence. Et la terreur.

Alcarinquë avait choisi une chambre dénuée de toute décoration.  Après s’être dévêtu il s’allongea sur le sol froid pour entrer en transe.

De son côté, Draff avait choisi de se recueillir sur le toit de la Tour de Ventuplume, à la lumière des étoiles.

“Cela me rappelle les paysages d’Ombreterre”.

Mélius l’avait regardé monter mais s’était dirigé rapidement vers la chambre qu’il s’était attribué. Il était éreinté.

“Je crois avoir lancé un peu trop de sorts liés au feu”. Il plongea dans un sommeil sans rêves pour se réveiller au petit matin.

“J’ai dû dormir plus que les autres !” pensa-t-il en pressant le pas pour rejoindre ses amis. Depuis l’escalier, il déboucha dans une caverne.

“Qu’est-ce que c’est que cela ?”.

Mais ils n’entendit pas les voix de ses amis. Des enfants apeurés criaient et appelait à l’aide. Il vit alors qu’il était en train de suivre un homme, protégé par une armure de cuir noir. Une main guidait les enfants, enchaînés.

“Draff ? Est-ce toi ?”.

Une table d’obsidienne se tenait à présent devant lui. Une table ? Peut-être un autel. Des vagues d’énergie pure émanaient d’elle et le grisaient.

“Ne vous inquiétez pas les enfants. Je suis avec vous. Je ne laisserai pas que l’on vous fasse du mal”.

Il ressentait de manière encore plus distincte l’énergie, une force qu’il savait être primordiale. Elle ne lui faisait pas peur.

Une voix se fit entendre.

“Allez les enfants, encore un petit effort”.

Melius se réveilla.

Dans la dernière chambre, le sommeil de Cafard était à l’évidence agité. “Je dois pouvoir y arriver”. Les muscles du moine étaient tendus comme les cordes d’une harpe de Cormyr. Ses cicatrices étaient saillantes alors que le jeune homme semblait livrer un combat sans merci. Sa respiration accélérait et de la transpiration coulait à grosses gouttes sur son front. Puis il lança un fort soupir et se tut.

Le matin après les compagnons se retrouvèrent dans la salle où Thurl Merosska leur avait servi son banque empoisonné pour terminer leur préparatifs.

“Je pense être en mesure de nous diriger dans la direction d’où sont venus les vautours et leurs passagers hier” dit Cafard en traçant sur la table les lignes imaginaires des montagnes environnantes et la trajectoire suivie le jour précédent par leurs assaillant.

“Très bien. Il est temps de partir” dit Alcarinquë.

Ils sellèrent leurs hippogriffes et se lancèrent dans les airs. En quelques instants, la silhouette rassurante de Revok, qui était venu les saluer, disparut à l’horizon. Ils virent alors le paladin, accompagné de Dargent, s’éloigner à pieds.

“Je vais me mettre à distance” dit Gwydn pendant qu’ils avançaient vers les pics à l’horizon.

“Le sort que j’entends lancer pour tromper nos adversaires n’a qu’une durée limitée et je voudrais donc y recourir le plus tard possible”.

“Tu as raison. Evitons les mauvaises surprises” opina Melius.

Les compagnons commencèrent à entamer une descente dans les canyons.

“Je ne vois rien pour le moment” dit Alcarinquë qui scrutait tous les flancs des reliefs autour d’eux à la recherche d’un improbable passage. Mais malgré sa vision exceptionnelle, l’entrée du temple qu’ils cherchaient se dérobait.

“Regardez ! Des bêtes s’enfuient au fond du canyon” nota Draff.

“Mais toujours pas de temple” répliqua Gwydn qui, aussi, analysait le paysage.

“Attendez !” dit soudainement le barde. “Là-bas ! Il y a une petite route qui s’arrête aux pieds d’une falaise”.

“Cherchons un lieu où atterrir” répondit Cafard.

Après s’être posés, les compagnons continuèrent d’avancer à pieds. Le chemin pénétrait à l’intérieur de gros blocs de rochers. Il débouchait dans une vaste clairière.

“Ces tours… On dirait un château” dit Alcarinquë.

Ils s’arrêtèrent dans ce qui paraissait être une cour.

Gwydn murmura son incantation. Quelques instants plus tard, le formidable Thurl Merosska se tenait à côté des quatre autres compagnons.

“Pourquoi cette blessure à la gorge ?” demanda Draff.

“Cela me permettra d’expliquer pourquoi ma voix ne sonne pas comme celle du vrai Thurl” répondit avec un sourire le barde.

“Ce château paraît d’une puissance formidable” dit Melius, admiratif.

“Attendez. La porte est entrouverte”.

“La construction de ce bâtiment rappelle celle de Ventplume. Pourrait-il s’agir encore d’un construction naine” dit Gwydn en s’avançant.

Alcarinquë remarqua alors un symbole sur la porte. “Nous avons déjà rencontré ce symbole. Sur les guerriers de la terre”.

“Oui…” répondit pensif Gwydn. “Il doit s’agit du monastère de la Pierre sacrée. J’en ai déjà entendu parler. Mais je suis surpris : on dirait qu’il est complètement abandonné”.

“Pas tout à fait” répondit Draff. L’elfe noir poussa la porte avec un coup de pied, révélant de nombreux cadavres. “Regardez ce qui jonche le sol”.

“Je ne suis pas certain que nous soyons arrivés à la bonne destination. Je vais parler à nos montures” remarqua Gwydn.

Il s’adressa alors silencieusement à son hippogriffe.

“Amène-moi au temple”.

“Ssssales vautourrrs”. La voix mentale de l’animale était un concert de sifflements

“Amène-nous aux vautours” insista le barde.

“Crevassssse dans la casssscade !”.

Chevauchant leurs montures, les compagnons s’élancèrent à nouveau au dessus des vallées de la Dessarin.

Les compagnons arrivèrent vers la fin de l’après-midi dans une zone proche de Ventplume.

“Ils nous ont fait rebrousser chemin !” dit Draff.

Mais pour toute réponse les hippogriffes s’engouffrèrent dans une petite crevasse où ils volèrent encore quelques dizaine de pas.

“Regardez : il y a des marches… un escalier !” dit Melius.

Les compagnons s’engagèrent avec leurs montures à pieds dans l’escalier.

“Il manque ici un peu de lumière” souffla Cafard.

Alcarinquë sourit. Après une prière silencieuse, une lumière vive apparut pour les accompagner dans leur progression.

“Laissez-moi passer en premier. Je suis ici comme chez moi” dit Draff. Sans attendre la réponse de ses amis, il se fondit dans les ombres.

L’escalier déboucha dans une sorte de grotte, coupée en deux par un cours d’eau qui disparaissait dans les profondeurs de la terre.

Les hippogriffes commencèrent à s’ébrouer.

“Poursuivez” les rassura Gwydn.

Les compagnons décidèrent de remonter sur les hippogriffes qui prirent immédiatement leur envol. Très vite ils se dirigèrent vers le fond de la grotte, là où une cascade noyait la cavité dans un grand fracas.

“Accrochez-vous !” eut le temps de crier Melius.

Les hippogriffes traversèrent sans hésitation la cascade.

Une immense caverne se révéla aux regards ébahis des compagnons.

“Un lac souterrain !” siffla Cafard.

“Et tu n’es pas au bout de tes surprises. Regarde !” dit Draff en indiquant le bâtiment qui trônait au loin.

Une haute pyramide à trois degrés de granit blanc avait été érigée au milieu de la caverne. Des colonnades dessinaient une sorte de haie d’honneur vers la construction, chaque colonne étant coiffée d’une statue.

“On dirait des statues de nain” remarqua Alcarinquë.

“Il s’agit d’une entrée de la cité de Tyer Basil” acquiesça Gwydn. “La porte de la Brèche du sémaphore”.

Au sommet de la pyramide, une figure chevauchait une fière monture.

“Un dragon ?” s’exclama Melius avec voix dans laquelle on devinait une crainte atavique.

“Non, une wyverne” le rassura Draff.

Au loin le cours d’eau s’abattait contre la roche granitique.

“A l’évidence les hippogriffes connaissent bien les lieux” dit Cafard. Les animaux se dirigèrent avec assurance vers des sortes de nids, là où diverses personnes s’affairaient.

Les manutentionnaires s’éloignèrent momentanément lorsque les compagnons atterrirent. L’un, un homme, arborait un petit bouc avec une petite pipe vissée à la bouche.

“C’est pas trop tôt. Rapprochez-vous, nous attendions votre retour” dit-il d’une voix grasse.

Son regard s’éclaira en voyant le commandeur des chevaliers de Ventplume.

“Thurl, mon ami ! Je commençais à craindre que tu n’aies succombé à l’attaque des traîtres adorateurs de la terre. Dépêche-toi, tu sais qu’elle t’attend. Mais chemin faisant, raconte-moi”.

“Mon ami” toussota Gwydn. “Pardonne ma voix, mais je porte encore les cicatrices du formidable combat que nous avons dû livrer contre la vermine de la terre”. Il découvrit la blessure à sa gorge.

“Mon ami. Après que tu aies narré vos exploits à Kaylessa tu auras tout le loisir de soigner cette vilaine blessure”.

“Nous avons été attaqués et nous avons failli périr…”. Le jeune barde commença à narrer les récents événement, entrecoupant son récit de fréquente pauses, pour mieux conforter la gravité de son infirmité.

“Je dois vous laisser ici” dit l’homme avant de revenir rapidement sur ses pas et de poursuivre les préparatifs en cours.

Le groupe avait atteint un pont immense permettant d’atteindre la pyramide.

“Encore des statues de nains” ne put s’empêcher de remarquer Melius.

Au loin, le bâtiment était éclairée par les nombreux cristaux de la caverne. Le paysage était féerique, mais désert.

La wyverne et son cavalier se tournèrent en direction des compagnons. L’homme les examina attentivement.

“Arrêtez-vous !”.

Gwydn se prépara mentalement à parler à la wyverne. Ayant compris les intentions de son ami, Draff lui souffla : “C’est un animal sauvage et peu intelligent”.

Le demi-elfe comprit immédiatement comment exploiter le précieux renseignement que venait de lui communiquer le drow.

“Va te nourrir des délicieux hippogriffes”. Il accompagna son propos d’un sonore claquement de la langue.

La wyverne commença alors à témoigner d’une certaine impatience.

“Ne bouge pas” cria son cavalier en plantant ses éperons dans les flancs de l’animal.

Mais celui-ci devint de plus en plus nerveux, ce qui causa une réaction encore plus violente de la part de son maître.

La queue de la wyverne darda alors le corps de l’homme qui s’écroula immédiatement dans un abondant flot de sang.

Avec satisfaction, l’animal saisit sa tête.

“Un dessert de choix” commenta Draff pendant que la bête avalait goulument le crâne dans un concert de craquements sourds.

Rompant l’horreur du spectacle, Alcarinquë fit signe d’avancer.

“Nous n’avons pas beaucoup de temps avant que l’absence de ce garde ne soit remarquée”.

L’entrée du palais était immense et un grand escalier de marbre leur faisait face.

Les compagnons entendirent des hurlements de douleur. Ils provenait du sommet de l’escalier, lequel était inaccessible à leurs regards.

Alcarinquë décida de se saisir de la pierre messagère.

“Nous sommes dans la place”.

La réponse de Revok ne tarda pas.

“Nous sommes arrivés à Rougemélèze”

Après s’être consultés silencieusement, les compagnons décidèrent de monter les marches. Alcarinquë ouvrait la procession, suivi de  Gwydn, Cafard, Draff et Melius.

“J’ai l’impression d’être dans l’un de mes cauchemars” pensa Melius en frissonnant alors que la grande salle du trône se dévoilait à leurs yeux.

Quelques torches éclairaient à peine l’endroit qui était encadré par une enfilade de colonnes.

Au loin se trouvait un grand trône en marbre blanc devant lequel une quinzaine de personnes étaient en prière.

Gwydn ne put s’empêcher d’admirer le sol. De magnifiques mosaïques représentaient le royaume de Besilmer à son apogée. Le barde mémorisa mentalement le schéma des cartes.

A quelques pas du trône se trouvait un parapet d’où émanait un flot d’air.

Elle était là. Kaylessa, la prophétesse de l’air se tenait devant eux. Encadrée par quatre prêtres, une elfe à la beauté sublime, habillée de vêtements légers tenait dans sa main droite une grande lance.

“Une elfe ailée !” s’exclama Alcarinquë en remarquant les ailes majestueuses de la jeune femme.

“Et une arme magique” ajouta Draff.

A ses pieds un homme, probablement un adepte, endurait de terribles souffrances. Révoltants, ses cris de douleurs semblaient oourtant amuser au plus haut point la prophétesse.

Ses ailes se déployèrent alors que les compagnons se trouvaient à environ cinquante pas.

“Qu’est-ce que cette odeur âcre ? Une énergie émane de la prophétesse” pensa Alcarinquë.

Kaylessa posa son regard sur Gwydn.

“Approchez. Approchez Merosska” dit-elle d’une voix froide.

Ses vêtements en soie légère flottaient autour d’elle.

Les compagnons s’agenouillèrent mais Kaylessa fit un geste  d’humeur du pied.

“Je ne vous connaissais pas aussi servile. Et aussi taciturne Commandeur”.

Gwydn se releva lentement.

“Les nouvelles que je vous apporte ne sont pas bonnes. Nous avons repoussé les fidèles de la terre mais avons perdus beaucoup d’hommes. La Confrérie de Ventplume n’est plus”.

“Pensez-vous que le sort de quelques nobles d’Eauprofonde ennuyeux m’importe, Merosska ? Avez-vous pu anéantir la menace qui pèse sur notre mission. La glace et la foudre de Yann-C-Bin, Merosska !”.

“Non Madame”.

Alcarinquë se prépara à lancer un sort de lumière alors que Draff profitait de l’inattention des présents pour se cacher dans les ombres de la colonnade.

“Trève de plaisanteries !” dit Cafard. Le moine s’élança directement vers les prêtres, comptant sur l’avantage offert par ses muscles formidables, parcourus par le ki.

Voyant son ami attaquer, Gwydn visa directement la prophétesse avec un carreau afin qu’elle ne puisse pas se concentrer pour lancer une incantation.

Trop tard.

Une terrible onde électrique parcourut les compagnons, les projetant violemment au sol.

“Qui es-tu traître ?” ricana l’elfe ailée.

L’un des prêtres de l’air commença à murmurer une prière gutturale.  Draff, qui pourtant était demeuré invisible à leurs yeux se trouva plaqué contre une colonne par une force irrésistible.

“Il faut que nous immobilisions Kaylessa” songea Gwydn avant de lancer une attaque magique à son tour. La prêtresse se figea soudainement. Cafard profita de l’instant de confusion qui s’ensuivit pour la mettre en joue.

Le barde à son tour se mit à couvert alors que les prêtres de l’air s’organisaient pour le viser.

“Arrêtez-vous ou je la tue” cria Cafard. Les prêtres baissèrent leurs mains, apparemment en signe de reddition.

Mais un coup de massue s’abattit sur la tête de Gwydn qui s’effondra. Son sort d’immobilisation se dissipant aussitôt, Kaylessa lança une nouvelle attaque qui terrassa définitivement les compagnons.

Satisfaite du résultat, la prophétesse s’adressa à ses hommes.

« Faîtes en sorte qu’ils vivent. Je n’en ai pas encore fini avec eux » dit avec humeur la prophétesse.

Les prêtres prirent alors soin des compagnons qui gisaient au sol. Tout le monde fut bâillonné et attaché.

« Préparez-les pour que je puisse les interroger » conclut Kaylessa alors que les compagnons étaient déplacés vers leurs cellules.

Revenant péniblement à lui, Alcarinquë ne put s’empêcher de remarquer : “Cette ariel est sous le contrôle d’une force maléfique”.

Ou l’espérait-il seulement ?

Toutes les illustrations (c) Wizards of the Coast Ltd.

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