Essai : Tales from the Loop

Tales from the Loop était certainement l’un des jeux les plus attendus en 2017. Les années 1980 sont une période qui inspire de plus en plus les scénaristes comme en témoigne le succès de la série Stranger Things et ce jeu de rôle promettait de capter ce mélange de nostalgie et d’émerveillement. Cependant, je me demandais s’il pourrait trouver la bonne recette pour s’adresser à un public plus large que ceux qui étaient justement enfants dans ces années-là et qui ont grandi avec des références comme les Goonies.

Ma curiosité a été d’autant plus exacerbée lorsque le jeu a raflé un grand nombre de prix et, notamment, celui très convoité de Meilleur jeu de l’année aux Ennie Awards 2017. Alors que la campagne participative lancée par Arkhane Asylum Publishing pour le lancement de l’édition française a été une belle réussite, les Compagnons de la Tour Maudite ne pouvaient donc passer à côté du phénomène Tales from the Loop ! Nous avons donc choisi de nous mesurer à notre premier Mystère (terme utilisé pour désigner un scénario) lors de notre dernière partie de l’année 2017. Pouvait-on imaginer un cadeau collectif plus approprié pour les fêtes ?

Pour cette première partie, nous disposions :
– du manuel de base ;
– de l’écran du maître de jeu.

J’avais aussi commandé le set de dés (il faut dire que je n’ai pas beaucoup de d6 dans ma panoplie de rôliste !) mais malgré une commande effectuée le 27 novembre 2017, ces dés n’étaient pas arrivés à temps, perdus dans les méandres du réseau postal français complètement obéré par les envois des fêtes de fin d’année.

Pour le choix de l’aventure à jouer, j’avoue avoir hésité. Le livre de base comporte quatre  mystères qui peuvent être joués ensemble pour constituer une sorte de mini-campagne. Mais aucun ne m’avait complètement satisfait (sentiment que je n’ai pas été le seul à éprouver à la lecture de certains commentaires sur d’autres blogs). Or les aventures constituent pour moi un volet toujours essentiel pour comprendre le style que l’auteur d’un jeu de rôle a voulu promouvoir. Je suis tombé par hasard sur une excellente aventure introductive, Bright Flash accompagnée de surcroît d’aides de jeu spécialement adaptées. Son auteur n’avait pas lésiné sa peine, en expliquant étape par étape comment introduire les joueurs tant au décor de campagne qu’aux principales règles du système de jeu (lequel est extrêmement fluide, nous y reviendrons).

Le déclic final est venu lorsque j’ai enfin regardé l’intégralité de la première saison de la série Stranger Things. Je visualisais enfin le ton à employer. Tous les autres compagnons connaissaient la série et j’allais pouvoir multiplier les références. J’ai ainsi choisi de replacer l’aventure dans la ville fictionnelle de Hawkins, Indiana, la même ville qui est le théâtre des aventures de Mike, Eleven et leurs amis. L’effet serait assuré !

Dans Tales from the Loop, la création des personnages se fonde sur des archétypes. Si  ces archétypes ne sont pas aussi contraignant que les classes de Donjons & Dragons (D&D), ils permettent d’assurer à chaque môme (kid dans la version anglaise) une aide précieuse pour imaginer sa contribution potentielle au groupe. Le choix des archétypes est aisé et tous les joueurs ont énormément apprécié les petites touches originales de la création des personnages. Pour des joueurs habitués surtout à la mécanique huilée de D&D, j’ai été surpris de la facilité avec laquelle ils se sont appropriés un système nouveau et très éloigné dans sa conception. Le choix d’une chanson propre à chaque kid a été particulièrement salué, alors même qu’il n’a pas d’impact particulier du point de vue des règles. Les fiches fournies avec Bright flash présentaient un intérêt supplémentaire : leur auteur avait modifié les fiches originales qui se trouvent dans le manuel de base afin de faciliter les recoupements avec l’intrigue de l’aventure. Là encore un très bon point qui a énormément facilité l’existence du Maître de jeu pressé que je suis, tant le temps à disposition pour préparer chaque séance est limité en raison des obligations liées à notre “vie réelle”.

La partie commence et j’explique que les kids sont en train de jouer à D&D dans le sous-sol de l’habitation de l’un d’entre eux. Cela ne vous rappelle rien ? Un grand sourire se dépeint sur le visage de chacun des présents et tout le monde accepte de bonne grâce de décrire son kid participe à la partie de D&D en cours. L’un prend même la parole pour se glisser sans difficulté dans le rôle du Maître de Donjon ! Ça y est, un mur tombe : nous venons de rentrer dans la logique de narration partagée de Tales from the Loop.

Quelques rebondissements plus tard, la découverte d’une conspiration qui n’est pas sans rappeler The X-Files (autre série incontournable pour moi) et la partie s’achève dans la satisfaction générale. La mécanique qui conduit à ne lancer que des d6 et où un 6 correspond à une réussite (la plupart des jets ne nécessitant qu’une seule réussite) a été immédiatement intégrée, tout comme les règles sur la coopération. Même si je ne suis pas certain qu’un tel système puisse facilement soutenir de longues campagnes (ce qui ne paraît pas de toute façon l’objectif du jeu puisque les personnages sont retirés au plus tard lorsqu’ils atteignent 15 ans) je ne puis que constater que ce système fonctionne parfaitement, se faisant oublier et poussant sans difficulté les joueurs à embrasser la dimension narrative du jeu. A cet égard, son maniement est bien plus facile que le système Fate qui propulse Mindjammer. Par ailleurs, il faut ajouter que les images de Simon Stålenhag – l’artiste et illustrateur dont les oeuvres constituent la base de l’univers du jeu – sont tellement évocatrices : un appel à la rêverie qui ne laisse personne insensible.

Le jeu nous a tellement plu que j’ai précommandé en exclusivité la première extension publiée : Our Friends the Machines, laquelle contient pour le coup d’excellentes aventures (et que j’ai reçu avant Noël de sorte qu’elle m’a accompagné lors des vacances de fin d’année passées en famille).

2018 sera une année où nous reviendrons certainement dans “les années 80 qui n’ont jamais été”.

Toutes les images (c) Fria Ligan
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4 réflexions sur “Essai : Tales from the Loop

  1. Sympa ce compte§rendu. J’ai bien accroché au système de jeu et à l’ambiance. Par contre l’univers ne m’a pas trop parlé. Peut§être que la localisation française du jeu avec un cadre bien de chez nous sera plus parlant. Mais étant de la génération concernée, j’ai facilement écrit un petit scénar qui se déroule dans ma propre ville d’enfance. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de le jouer mais mon idée était de faire jouer à mes potes leur propre moi d’il ya 30 ans…

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    1. J’attends de voir aussi le travail d’Arkhane Asylum sur le supplément de contexte français. Mais pour moi comme je le disais le déclic a été la série Stranger things pour trouver le ton.

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