Focus : Socrates « Doc » Platoon

Après le focus sur Rand Al’Skyborn, voici notre deuxième publication permettant de découvrir un peu plus les héros participant à la campagne de Volturne. Cette fois c’est le tour de Socrates « Doc » Platoon.

Du soleil nucléaire qui bombe à quatre-vingt heures le cycle ; des chaleurs monstres à mirages constants chargées de lumières vives. Un fatras d’images floues en bascule sous des paupières de fièvre éblouissante et paf, ça y est, le revoilà qui se remet à débloquer du cerveau. Soc’ – la gorge en sèche, le nerf épuisé, les poumons asphyxiés. Le réservoir du 6×6 en rade faute de carbu’ et lui dedans, crasse, crade, crevé, paumé, malade, brûlant.

Le revoilà qui se dit : « Soc’ doc’ Platoon, médecin commandant militaire des armées de la franche déroute, écoute-moi bien trouduc’ : en ce qui te concerne, au niveau de l’énergie et de l’envoi d’ondes bienfaitrices j’ai jusque-là toujours été hyper positif avec toi. »

Sûr –

Sauf que s’il jette un regard humide – n’importe où – n’importe où en dehors de sa petite bulle protégée de Rav6 bloqué en rade sur fond d’horizon de plein ciel atrophié, c’est des lignes droites par milliards d’horizons qu’il voit se profiler sur Volturne ; et autant de chemins des possibles à tenter, et autant de pistes encore inconnues à cartographier, et autant de milliers de milliers de kilomètres carrés de routes de sable sans relief à devoir se manger désormais à plant de semelle forcée, sac à dos, marche au diable.

« Hé ! Rappelle toi combien je te répétais que t’étais trop fortiche du temps de tes classes, Soc’. Vrai tu le sentais par toi-même que t’étais carrément au-dessus du niveau. Tu pétais la fusion de testo en perf’. Sur tous les mondes de Truane ?, t’étais rien moins qu’un pur sportif de l’extrême chargé de créatine naturelle à condition de dingue. »

Sauf qu’en ce temps-là, Soc’ Platoon avait à leur prouver à tous ; sauf qu’en ce temps-là il ne zonait pas en pire solo sur une planète géante perchée à des dizaines d’années lumières de son Etoile et puis… et puis en ce temps-là y avait le regard d’un jury militaire à conquérir, celui d’une foule de gens à captiver, celui d’aspirants médecins rivaux à battre, celui de chronos à crever, celui de records à pulvériser…  –

Ok. Du moment qu’il est encore assis dans le véhicule et pas complètement fumé c’est avec les puissances d’une molécule de caïpirina de son Etoile, une tiédie, une effervescente à la gourde, sans glaçon, qu’il décide de se tenir assistance de maintien et compagnie de soutien.

Le temps de souffler, un peu. Et de chercher la Vision censée déterminer son proche avenir.

Il rempoigne donc le goulot de plexi, refait sauter le bouchon carbone d’une pichenette, s’en rejette une goulée non-stop comme s’il descendait dans le dur du dur du plus profond des abîmes souterrain-sans-lumière des enfers.

« Dis ; si on se base sur les stat’ de quand tu fusais au race-4 sur les chemins de crêtes, là-bas sur ton monde éclairé à Truane, au Centre FM, souviens-toi que tu les cramais tous en speed ; souviens-toi que tu les laissais tous sur-place en courses et tirs et altères et tractions de pompes et haltérophiles et que ces mecs-là, tes frères que tu as recalés en finissant premier, c’était pas rien que des touristes en mal d’adrénaline ; c’était des pros de chez pros eux aussi, toi au-dessus. »

Et.  –

« Et toi, tu as toujours été au-dessus. »

Et qu’est-ce que ça peut lui fiche à présent de se répéter qu’il était le meilleur des meilleurs d’il y a longtemps ? Qu’est-ce ce qu’il peut en tirer de béné de sa gloire passée, hein, après ce qu’il a vécu ; après ce qu’il a vu, après ce qu’il a fait, après ce qu’il a bâti, après ce qu’il est devenu.

Allez, hop : main au goulot, bouche ouverte, en route pour de nouvelles rasades de sa fabrication d’Itaituba… non, attends. Ses yeux percutent subito le lazegun posé au velcro sur le tableau de bord du Rav et lui voilà l’envie de se le triguer en bouche d’un one-shot définitif tout ce qu’il y a de plus radical.

En finir. Une bonne fois.

Pourquoi pas ? –

S.p.l.a.s.h, que ça ferait. Y’aurait de la cervelle éclatée de partout sur le siège en polyéther de rhétamine, et le pare-brise, et le volant, et les compteurs.

Sauf qu’y’aurait personne pour dire :

Si tôt.

Si jeune.

Too bad.

Soc’ secoue la tête comme pour balayer l’idée de chiche. Il repose le goulot de Caïpi à ses lèvres et gloute, et gloute, et gloute comme s’il s’agissait d’une putain d’ordonnance de malarone bienfaitrice qui repose et qui soigne. Sachant pertinemment qu’une fois ce moment de cool break passé, une fois qu’il sera vraiment condamné à sortir puis marcher sans arrêt et pour toujours et à jamais, une fois qu’il aura abandonné de force à gréé du Rav échoué sans carbu pour filer au Dieusaitoù d’un plein horizon de Planète Géante à explorer…

« Et les psys, et les filles, et les tests QIC, QII, H2C, bon sang comme tu te les allumais easy de ce temps ! »

Ta gueule, toi, je t’ai pas sonnée. Cette époque c’était une autre vie et j’ai pas besoin du soutien des souvenirs de classes du temps de l’Etoile de Truane –

« C’est pas du souvenir que je te parle, Soc’. Mais de ton potentiel. Je veux dire, tu as clairement les moyens de t’en sortir cette fois encore. »

Le voilà qui s’enfile à nouveau une jetée.

« Tu es l’atome des planètes qui forment des galaxies. »

Ben voyons ! –

Quoi qu’il en soit c’est au réel qu’il doit s’attaquer maintenant, à la force et au courage. Et si son cardio n’arrête pas de bourriner une frôle d’accroche taquinant les 200 bpm par pulsion de tachycardie outrancière, attention, ce n’est pas de la peur – Socrates ‘doc’ Platoon se connaît assez pour savoir qu’il n’a jamais vraiment eu peur de toute sa vie – c’est juste… juste qu’il est hyper anxieux, rapport à son avenir proche. Faut dire qu’il y a de quoi, parce que niveau nerfs cette fois y’a vraiment à se calmer, réfléchir, planifier, clarifier, décider.

« Et réagir. »

Et se lancer. Tout simplement parce que ce qu’il s’apprête à vivre dès à présent jusqu’à la fin de sa vie entière, c’est juste du pire Robinson d’Arabie tiré de chez un Lawrence Crusoé augmenté.

« Soc’ – Rappelle-toi. Tu n’as peur de rien, tu es médecin militaire officiel. »

Ah ça ; vrai que des franches galères, s’il en a connues, il s’en est toujours sorti. Le jour que tout a foiré par exemple, le jour qu’il a réchappé du VOYAGER I en prenant le contrôle du Module de Survie comme de celui des gars de sa compagnie, c’était franchement pas gagné. Le vaisseau-mère virevoltait au chaos, là-haut c’était le grand foutoir d’une guerre infra carlingue et ses frères d’armes paniquaient, et des clans de mutins s’étaient formés en des raids spontanés d’attaques défenses aléatoires. Le feu avait pris, les sirènes s’étaient mises à hurler, et la folie des hommes qui s’amplifiait d’incendies en explosions grossissantes, bon sang il se revoyait frayer du couloir meurtri passant au travers des murs de flammes, à chaque couloir on aurait dit que les milliers de membres d’équipage du Voyager I portaient la rage du kill de survie crampé dans de la pire veine de mass murderers hystériques. Pour se défendre d’une folie meurtrière totalement collective, Socrates ne s’était donc pas gêné de trouer des dizaines de rates au calibre d’un pompe sale qui-ne-rate-pas, ni de se perforer du ventre, cœur, poumons plexus de pyro’ au cran d’une bayo embarquée sur le gros canon du pompe, ni d’en éventrer autant que faire au tronçon d’une circulaire thermique de combat rapproché, ni d’en débrayer par lots de quinze, vingt et trente, comme ça, au combo de couteau sûr et à la chaîne. Socrates ? On aurait dit de lui à ce moment-là qu’il était un putain de guerrier Maya vénère et surentraîné, élevé à la perche et au running, le corps tout plein chargé d’adrénaline naturelle et dégageant du haro sur ses pairs au mètre par mètre qu’il lui avait fallu conquérir pour se rapprocher puis traverser le sas du module de Survie Z6.3.

Une fois au module ; une fois qu’il avait atteint le module, c’était pas des frères d’armes surnombrés qui allaient le retenir de s’échapper. Les mecs déjà en zone lui font : « Hé toi, dégage ». Ou bien : « Barre-toi de là, Doc’ ». Certains sont armés et dans le rouge mais pour sûr que Soc’, lui, il ne dégage pas. Pas question de se démonter. Lui ou d’autres, à la vie à la mort, l’avait pas le choix. Alors il les a regardés, tous ; et comment c’est venu ça il ne le sait pas mais il les a chargés de ses lueurs de lead – des lueurs de puissance des ténèbres suprêmes supérieures. Son regard irradiait à ce moment-là de la vraie fureur d’apocalypse ancienne. Ces mecs sont peut-être intelligents, qu’il se disait sur le moment, mais moi… moi je suis plus intelligent qu’eux.

Pour autant les gars d’en face formaient cette fois une espèce de cohésion de groupe fermé alors que Socrates, lui, était clairement le dernier arrivé sur la plateforme du launch.

Sûr qu’il les avait comptés : il y en avait vingt-et-trois. Armés, agités, paranos, animés d’une franche panique sous adrénaline enrichie.

Ils étaient vingt-et-trois en garde sur la plateforme, rien que des inconnus, ouais, et sa voix de confiance qui lui était revenue, qui lui avait fait : « en collectif de mêlée ils sont vingt-et-trois rien que pour toi. Trouve les mots. Si tu leur dis d’être attentifs, ils t’obéissent comme à un Roi. »

« Soc’, mec, qu’esse tu leur as pas fait ! »

Je sais –

Il sait. Et pourtant boum-boum-boum ça y est encore une lampée de liquide aminé pour que ça se bouscule rude à l’intérieur du Rav à sec, son véhicule toujours aussi plombé à la rade en plein désert de cette maudite Planète Géante. La tête en feu, docteur Platoon sent la montée de lave sanguine du Brésil, son pays d’ancêtres ADN ; il sent la première vague, le commencement des vertiges ; il sent le gramme des Rio de Tapajos et de Jamanxim lui cramer le sang et l’angoisse diminuer au fur et à mesure que son méta monte en flammes.

Ce qu’il avait fait, donc ?

Il s’était adressé à leurs âmes. Il s’était livré à eux tout nu, sans armes ni armures. Après avoir lâché son pompe au sol et déscratché le velcro de sa tronce, il leur avait dit : « Les mecs, on prend ce module ensemble. On se barre fissa du Voyager, on met le cap sur Volturne et là-bas, là-bas croyez-moi en plus d’y cartographier ce qu’on pourra de panacée, je vous apprendrai à lire les signes véritables du jour et de la nuit. Vous y serez sous mon entière protection, libres de vos actes en tout, et à foison. »

Là-dessus il leur avait posé la question : « Combien d’entre-nous vont atterrir ? »

Une question à laquelle il avait lui-même répondu : «  Beaucoup. Beaucoup de Modules. Même qu’une fois là-bas je vous le dis, il y aura des blessés. Des choqués. Des traumatisés. Une fois là-bas il va falloir nous rassembler et s’entraider, il va falloir se refaire confiance et se repacifier et oui tout le monde sait, ça. Mais qui va le faire ?… Qui va le faire, hein ?! »

Comme les gars le regardaient sans répondre il avait ajouté : « Pour vivre là-bas on n’aura pas d’autre choix que celui de la Paix. Je me nomme Socrates ‘doc’ Platoon et sous mon nom, nous tracerons sur Volturne des lumières où la clarté de notre territoire s’éclairera à notre seul itinéraire. Nous serons les grands pionniers d’une incroyable dynastie de puissance civilisationnelle – colons, cuistots, miniers, sourciers, femmes et soldats, et ouvriers… laissez-moi passer laissez moi partir avec vous : je serai votre guide et vous, mes lumières. »

A la suite de quoi il les avait embrassés, tous, à pleines lèvres démentielles. Faut croire que son karma avait porté ; faut croire qu’il avait été tout ce qu’il y a de persuadant vu que le seul type qui avait osé l’ouvrir s’était fait égorger au cran de survie par son voisin de rang.

C’est comme ça qu’il s’est échappé du Vaisseau-Mère en banqueroute. C’est comme ça qu’il a débarqué sur Volturne en compagnie d’une bande pionniers rescapés. C’est comme ça qu’il s’est adapté, qu’il a rassemblé, dirigé, bâti, construit, régné, unifié, édifié, développé.

Jusqu’à ce qu’une troupe de têtes cramées révolutionnaires décide de mener contre lui et sa communauté croissante une guerre subite de dévastation totalement suicidaire.

« Le truc à te rendre fou. »

Le voilà qui éclate de rire.

Absolument dégoûté, le Soc’. Au point de repenser à cette solution radicale de fin de vie aussi extrême que brutale. Conscient qu’il porte depuis perpètes sa main ses doigts en caresses le long du double canon epoxy du lazgun de survie.

« Ne touche pas à ça. »

Depuis la panne sèche en fait, depuis qu’il a dû lâcher le volant faute de pénurie de carbu il le sait, il hésite, se répète qu’il a pour l’heure juste réussi à se sortir vivant d’une épuisante Odyssée fantastique ; qu’il a juste réussi à décoller le buggy le premier du space camp de Volturne, d’en traverser les flammes en Rav, de dévaler leur Mont Unique à toute berzingue, de slalomer entre les morts, d’en percuter, d’en écraser, de laisser derrière lui tout un tas de cendre d’humanité de colons prometteurs, carbonisés par leur propre folie.

Il se dit qu’il a le corps en chaudière.

Et que ça suffit.

Qu’il avait jusque-là marché au radar de l’instinct, que son sixième sens (en voilà bien un à qui il faisait jadis confiance) l’avait maintenu en état de surchauffe mentale continue.

« Tu es en train de perdre la boule, là, ok ? ; tu es en état de choc alors calme-toi. Respire. Reste avec moi. »

Mon cul. Barre-toi –

« C’est toi qui va te barrer, mec. Et fissa. Allez bouge-toi. Relève ton cul de là et bouffe-toi ces plâtrées de kilomètres d’aventure en solitaire. »

Faut dire que depuis le crash, Soc’, il avait passé le maxima de son temps à alterner le sublime à l’infernal, un peu comme s’il tenait de la fièvre constante – une fièvre de planète souvent exaltante, parfois ravageuse. Sauf qu’il s’en était accommodé. Sauf qu’il l’avait digérée, assimilée, puis servie en re-boost vu que tout ça… tout ça c’est rien moins que du magma d’énergie formidable à canaliser au mieux – des influx magnifiques de survie fracassante et héroïque.

« Alors tu t’en remets ? »

Il se remonte le goulot d’un rhum premium aux lèvres.

« T’es paumé, Soc’. T’es juste carrément paumé de chez paumé. Je te le dis pourtant comme je le pense : vu ton potentiel, et vu tes franches capacités aussi ressourçantes que prometteuses, à ce stade, seul sur Volturne, tu t’en sors, tu seras l’égal des Dieux. »

Chiche, qu’il se dit.

Chiche. Il se remonte le goulot de rhum premium aux lèvres, s’en jette une dernière fournée jusqu’à s’en rendre la bouteille vide.

Chiche.

Chiche, et la main sur la poignée de portière de Rav échoué, le voilà qui sort.

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